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J’aurais voulu être égyptien

vendredi 6 février 2009, par La Rédaction

J’aurais voulu être égyptien
d’Alaa El Aswany
Editions Actes Sud

Auteur de L’Immeuble Yacoubian (2002) et de Chicago (2006), l’égyptien Alaa El Aswany fait partie des écrivains arabes les plus connus au monde. Troisième de ses ouvrages à être traduit en français, son recueil de nouvelles J’aurais voulu être égyptien vient de paraître aux éditions Actes Sud.
Alaa El Aswany s’était vu refuser à trois reprises la publication de son livre par l’Etat égyptien, il y a de cela plus de dix ans - car J’aurais voulu être égyptien fut écrit au début des années 1990, bien avant les deux romans qui le firent connaître.
Aujourd’hui mondialement connu, Aswany a donc eu l’idée ressortir ses vieux feuillets du tiroir. Dans la préface (un petit bijou cette préface, il faut la lire), il s’offre le plaisir d’une petite mise au point à l’adresse du gouvernement égyptien, à qui il reproche de n’avoir pas compris l’essence même de la littérature en confondant imaginaire et réel, narrateur et auteur... Fluctuat a rencontré au Caire cet écrivain engagé, qui nous parle sans détour de cette Egypte qu’il aime mais juge sévèrement.

Biographie

Alaa El Aswany est né en 1957 en Egypte, dans une famille d’intellectuels : son père, Abbas al-Aswany, était écrivain avant lui.
Après une scolarité dans un lycée français en Egypte, il choisit d’étudier la chirurgie dentaire, et se rend pour cela à l’Université de L’Illinois à Chicago. Une expérience dont il s’inspirera pour écrire le roman Chicago, qui décrit la vie des étudiants arabes aux Etats-Unis après les événements du 11 septembre.
Bien qu’il revendique son indépendance vis-à-vis des partis politique, Aswany est assez proche des intellectuels de gauche de son pays, comme Sonallah Ibrahim, écrivain qui fut emprisonné pour avoir militer au sein du parti communiste. Il collabore régulièrement aux journaux d’opposition, et contribue à la formation du mouvement « Kifaya » (Ça suffit), qui réclame des élections présidentielles réellement libres. Aswany écrit tout en exerçant sa profession de dentiste : des articles, donc, mais aussi de la fiction.
En 2002, son premier roman L’Immeuble Yacoubian connaît un véritable succès, d’abord dans le monde arabe et bientôt dans le monde entier, puisqu’il sera traduit dans une vingtaine de langues. Cette histoire, qui décrit la vie des habitants d’un ancien et immense édifice du Caire sous un régime corrompu et opprimant, fera également l’objet d’une adaptation au cinéma par le réalisateur Marwan Hamed.
En 2006, Aswany publie Chicago, qui connaît à son tour le succès auprès du public. Peintre habile du quotidien des Egyptiens, il a déjà été comparé au prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz.
En 2009 paraît en France un recueil de nouvelles, J’aurais voulu être égyptien, dans lequel, de nouveau, il dénonce les travers d’une société égyptienne prisonnière "de l’obscurantisme et de l’arbitraire".

Entretien

Avec L’Immeuble Yacoubian, traduit dans une vingtaine de langues, puis Chicago, Alaa El Aswany a acquis une renommée mondiale. Son troisième ouvrage à être traduit en Français, le recueil de nouvelles J’aurais voulu être égyptien, confirme l’engagement d’un écrivain qui parle sans détour de l’Egypte. Rencontre avec Aswany, qui nous reçoit au Caire dans son cabinet de dentiste.

Le titre original de J’aurais voulu être égyptien est "Friendly Fire" ("Tirs Amis"). Pourquoi ce titre ? Et que pensez-vous du titre français choisi par Actes Sud ?
"Friendly fired" est une expression qu’on a commencé à entendre à partir de la seconde guerre contre l’Irak. Les Etats-Unis préféraient dire que ses soldats avaient été tués par des "tirs amis" plutôt que d’admettre que des résistants irakiens leur avaient infligé des pertes. C’est un magnifique exemple d’hypocrisie, je trouve ! Je suis très content du titre français choisi par Actes Sud. Il fait référence à la phrase d’un nationaliste du siècle dernier que je cite dans le roman. Moi aussi je suis très fier d’être égyptien mais je ne supporte pas qu’on se gargarise de la gloire passée de l’Egypte. Le gouvernement égyptien est spécialiste de cela. Il dit : « L’Egypte est un grand pays à l’histoire illustre, dotée d’une bonne Constitution et avec une vraie richesse culturelle ». Mais ce n’est pas Hosni Moubarak qui a fait la gloire de l’Egypte contemporaine, bien au contraire ! L’hypocrisie est l’attitude que j’exècre le plus et je la dénonce dans tous mes romans.

Vous avez écrit J’aurai voulu être égyptien au début des années 1990 mais le gouvernement égyptien avait refusé de le publier. Qu’en est-il de la censure littéraire en Egypte aujourd’hui ?
A l’époque je n’étais pas connu et j’avais besoin de l’Etat égyptien pour publier mon livre. Mais à chaque fois que je présentais mon manuscrit, on me demandait d’enlever certains chapitres (ce que j’ai toujours refusé de faire) ou on le rejetait purement et simplement. Cette histoire m’a beaucoup déprimé et j’avais même songé quitter l’Egypte pour m’exiler en Nouvelle Zélande. Avant de partir j’ai voulu écrire un roman, intitulé Adieu, comme pour dire au revoir à l’Egypte. Je l’ai proposé à une petite maison d’édition, Dar Merit, qui l’a publié à 500 exemplaires. Ils se sont écoulés en quelques semaines. Entretemps le titre avait changé pour devenir L’Immeuble Yacoubian. Il a été réédité dans une autre maison d’édition et vous connaissez la suite... Aujourd’hui je n’ai plus besoin de l’Etat égyptien et je peux publier ce que je veux. En Egypte, il n’y pas de censure officielle à l’encontre des livres. Les maisons d’édition publient ce qu’elles veulent. Mais si un ouvrage ne plaît pas, la police le confisque ou bloque sa diffusion, ce qui est une forme de censure.

Une des nouvelles, intitulée "Ma chère sœur Makarem", se présente sous la forme d’une lettre écrite par un Egyptien bigot vivant en Arabie Saoudite à sa sœur, restée au Caire pour s’occuper de sa mère. De quel message est porteur cette nouvelle ?
Elle révèle un phénomène important en Egypte : l’influence grandissante du whahhabisme (doctrine islamique fondamentaliste) dans le pays depuis les années 1980. Après le premier choc pétrolier de 1973, beaucoup d’Egyptiens sont partis dans les pays du Golf pour faire de l’argent et en sont revenus avec des idées et des coutumes issues de cette doctrine.
Aujourd’hui on voit par exemple de plus en plus femmes voilées de la tête au pied et portant des gants noirs. Or traditionnellement, l’Islam en Egypte fait l’objet d’une interprétation ouverte. Le gros problème c’est que la diffusion de la doctrine wahhabite favorise l’acceptation de la dictature par certaines couches de la population égyptienne.

L’année dernière vous aviez dénoncé avec force le fait qu’Israël soit l’invité d’honneur du Salon du Livre à Paris. Quel regard portez-vous sur le conflit à Gaza et sur le rôle de médiateur qu’entend jouer la présidence égyptienne dans cette crise ?
Je suis scandalisé par cette attaque israélienne. On oublie de dire la vérité. Gaza est-il oui ou non un territoire occupé ? C’est la seule question qui m’intéresse. Si la réponse est oui alors la résistance est justifiée. Et il ne faut pas oublier non plus que les Palestiniens ont élu leur gouvernement (le Hamas) de manière démocratique. Israël, pour l’Occident, est comme un enfant raté dont on accepte toutes les insultes et tous les crimes. Avec les centaines de civils et d’enfants tués, le problème aujourd’hui n’est plus seulement politique, il est aussi humanitaire. Concernant l’attitude de notre gouvernement, je tiens à préciser que Moubarak n’est pas l’Egypte. Il n’a pas été élu et il ne représente que lui-même. Ces dernières années, l’Egypte a aidé les Israéliens contre les Palestiniens en fermant le passage de Rafah (en 2007) et en empêchant l’acheminement d’une aide humanitaire. Elle a beau jeu, aujourd’hui de vouloir jouer les médiateurs !

Vous êtes l’auteur d’un best-seller mondial mais exercez toujours votre métier de dentiste au Caire ? Pourquoi ?
A vrai dire, je ne travaille plus que deux jours par semaine dans mon cabinet. Mais ce contact avec les Egyptiens reste très important pour moi. Je m’inspire de ce que me racontent mes patients pour construire certains de mes personnages. Mon cabinet, c’est la fenêtre par laquelle j’observe la société égyptienne.

Propos recueillis par Lucie Geffroy

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