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Jean-François Legrain : "Ramallah est complètement déconnecté de ce qui se passe à Jérusalem"

jeudi 18 mars 2010, par La Rédaction

Pour Jean-François Legrain, chercheur au CNRS et auteur des - Palestines du quotidien. Les élections de l’autonomie, janvier 1996 (Beyrouth, Cermoc, 1999) -, les violences qui secouent Jérusalem-Est rappellent celles, brèves mais brutales, de 1996.

De violents affrontements opposent depuis cinq jours des Palestiniens aux forces de l’ordre israéliennes à Jérusalem-Est. Le bilan, mardi soir, était d’une quarantaine de blessés parmi les manifestants et de quinze autres parmi les forces de l’ordre. Une soixantaine de personnes ont été interpellées. Qu’est-ce qui a déclenché ces violences ?
Contrairement à ce que j’ai entendu dire, ce n’est pas l’annonce de la construction de nouvelles colonies qui a mis le feu aux poudres. Les violences ont commencé après les déclarations de Benyamin Nétanyahou sur l’inscription au patrimoine historique israélien du caveau des Patriarches à Hébron et du tombeau de Rachel à Bethléem à la fin du mois de février.
L’annonce de l’inauguration, lundi soir, de la synagogue Hourva, dans le quartier juif de la vieille ville, a aggravé la crise. La colère des Palestiniens s’est cristallisée sur ces symboles davantage que sur la colonisation, qui est un mouvement continu depuis des dizaines d’années. Ce n’est pas une violence téléguidée. Les émeutiers ont pour la plupart entre 13 et 20 ans. Comme leurs aînés, ils appartiennent à une génération sans avenir.

Un dirigeant du Hamas a appelé mardi à une nouvelle intifada. Comme en 1987 et 2000, y a-t-il aujourd’hui un risque d’embrasement ?
Il ne faut jurer de rien, rien ne dit que ces violences vont déboucher sur un mouvement qui durerait et s’étendrait à l’ensemble de la Cisjordanie. Les affrontements d’aujourd’hui sont très comparables aux événements qui ont secoué Jérusalem en 1996. A l’époque, Benyamin Nétanyahou, qui effectuait son premier mandat en tant que premier ministre, avait annoncé l’ouverture au public d’un ancien tunnel construit le long du mur d’enceinte de l’actuelle mosquée Al Aqsa. La décision avait provoqué de violentes émeutes, très brèves mais très brutales.

Quelle influence a le mouvement islamiste dans les Territoires occupés ?
La popularité du Hamas s’étend bien au-delà des limites de Gaza. Lors des élections de 2006, le parti avait obtenu des scores aussi importants dans l’enclave côtière qu’en Cisjordanie. Contrairement aux autres mouvements palestiniens, il a su conserver de puissants réseaux dans la Ville sainte. Ses membres sont influents dans les associations proches des mosquées et des autorités religieuses. Le Fatah, lui, s’est peu à peu désengagé. Depuis la mort de Fayçal Husseini [ancien directeur de la Maison de l’Orient, mort en 2001 et membre du comité exécutif de l’OLP, chargé du dossier de Jérusalem], il n’y a plus de leadership nationaliste à Jérusalem.

Pourquoi les tensions se cristallisent-elles aujourd’hui autour de Jérusalem ?
Jérusalem a un statut triplement particulier. D’abord, la ville est presque totalement isolée du reste de la Cisjordanie. La politique israélienne, et notamment la construction du mur de séparation entre Israël et les territoires palestiniens, a transformé l’ancienne capitale en enclave. Les autorités de Ramallah n’ont plus prise sur ce qui se passe dans la ville. Mais malgré cela Jérusalem est restée un lieu de rencontre entre les Palestiniens vivant en Israël et les habitants de la partie orientale de la ville. Tous se retrouvent le vendredi à la grande mosquée Al Aqsa pour prier.
Ce point de contact entre Palestiniens représente un danger pour Israël, parce qu’il pourrait faire éclore la "menace intérieure", celle d’un mouvement qui unirait Arabes israéliens et habitants des Territoires occupés contre l’Etat hébreu. Enfin, Jérusalem est une ville sainte. Le sentiment religieux y est particulièrement exacerbé.

L’Autorité palestinienne est-elle en mesure de contrôler la situation ?
Non, pas du tout. Le gouvernement de Ramallah est complètement déconnecté de ce qui se passe à Jérusalem. Depuis deux ans, les Etats-Unis et la Jordanie aident les autorités à former des bataillons palestiniens. Environ deux mille hommes sont aujourd’hui en mesure d’intervenir sous l’autorité du gouvernement palestinien en cas de violences anti-israéliennes ou pour protéger le Fatah, au pouvoir à Ramallah. Mais rien ne dit que ces bataillons soient en mesure de juguler un mouvement qui prendrait de l’ampleur dans les Territoires.
Le président Mahmoud Abbas et son premier ministre, Salam Fayyad, sont pieds et poings liés. En acceptant les conditions de la négociation portées par les Etats-Unis, ils se sont enfermés dans une politique qui les a coupés du reste de la société palestinienne.

Propos recueillis par Elise Barthet - Le Monde du 17 mars 2010

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