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Notre ami Michel Chartrand, n’est plus...

samedi 17 avril 2010, par La Rédaction

Nous venons d’apprendre le décès de Michel Chartrand ce lundi 12 avril à l’âge de 93 ans, suite à un cancer.
Michel Chartrand était un typographe et imprimeur, surtout connu comme syndicaliste et homme politique québécois. Sa vie est intimement liée à différentes causes sociales qui ont secoué le Québec depuis les années 1940. Il a milité à plusieurs reprises au sein de partis politiques de gauche. Pendant près de sept décennies, Michel Chartrand a été une figure marquante du Québec. Il a symbolisé par son action syndicale, par ce militantisme combatif, l’importance de préserver les valeurs de justice et d’équité dans la société.
Michel Chartrand a été l’un précurseurs de la solidarité avec la Résistance palestinienne au Québec.
"Assawra" et "Al-Oufok" tenaient à lui rendre ce dernier hommage.
A sa famille et à tous ses camarades nous présentons nos plus sincères condoléances.

Al Faraby
Samedi, 17 avril 2010

***

La disparition d’un résistant exemplaire

De son enfance jusqu’à l’âge vénérable qu’il avait atteint au moment de son décès, Michel Chartrand a toujours su faire la preuve qu’il était d’abord et avant tout un homme de cœur. Un militant s’investissant aussi authentiquement en faveur du bien collectif québécois nous manquera énormément.

Dans leur histoire, les peuples n’en voient passer que quelques-uns. La rareté des citoyens-militants qui, jamais, jamais, jamais ne dévient de leur voie, qui jamais ne mettent de côté leurs convictions ou la cause en échange d’une liasse de billets fait qu’ils sont si précieux. Le Québec contemporain en a vus passer quelques-uns. Pierre Falardeau en était un. Michel Chartrand aussi. Les deux viennent de nous quitter, laissant le Québec politique plus orphelin que jamais.

En tant que Québécois, nous vivons en Amérique du Nord, un environnement éminemment individualiste. La plupart des gens d’ici évoluent d’abord et avant tout en fonction d’eux-mêmes. Et c’est correct. C’est un choix de vie qui se défend tout à fait. Mais ce ne sont pas les individualistes qui font progresser les démocraties. Ce sont les citoyens engagés, les irréductibles, ceux qui construisent leur vie en fonction d’intérêts collectifs d’abord et avant tout, ceux qui font passer les autres avant eux-mêmes. Comme Michel Chartrand l’a fait, d’où l’héritage unique et très important qu’il nous lègue, à nous les humains de ce coin-ci du monde.

De son enfance jusqu’à l’âge vénérable qu’il avait atteint au moment de son décès, Michel Chartrand a toujours su faire la preuve qu’il était d’abord et avant tout un homme de cœur, un citoyen prêt à sacrifier la douceur d’une vie carburant essentiellement au matérialisme pour s’investir pleinement dans la défense des plus petits, des laissés pour compte, des malmenés du capitalisme. Il l’a fait avec fougue, vigueur et parfois aussi avec la colère dans le cœur.

Michel Chartrand disait régulièrement que l’humain est un animal social et que ce n’est qu’en collectivité, qu’en société, qu’il peut être heureux. Et il avait bien raison. Mais pour être heureux en société, il faut la ménager afin qu’elle évolue dans le sens du bien commun et non seulement dans le sens des intérêts des mieux nantis. Parce qu’il avait compris cela mieux que quiconque, Michel Chartrand n’aurait pas pu devenir autre chose qu’un militant d’une efficacité redoutable, qu’un « malcommode exemplaire » comme l’avait rebaptisé fort intelligemment Pierre Vadeboncoeur, lui aussi récemment disparu.

Certains ont régulièrement reproché à ce militant exemplaire sa verve qui laissait clairement entendre du côté de qui il se rangeait, c’est-à-dire celui des travailleurs et des prolétaires, mais aussi de tout ce Québec composé de gens dits ordinaires. Ces « bien élevés » n’avaient pas compris une chose élémentaire : Michel Chartrand transpirait l’authenticité. Les Québécois savaient que ce qu’il disait c’était toujours ce qu’il pensait. Et c’est pourquoi ils l’ont tant aimé.

Et depuis son décès, c’est reparti de plus belle. Les hommages que l’on entend depuis quelques heures à la télévision nous laissent entendre des individus qui nous disent : « je l’aimais bien, malgré ses excès ». Quels excès !? Le type dénonçait et luttait à peu près seul contre l’oppression et l’exploitation et on aurait voulu qu’il le fasse en plus de manière polie !? C’est beaucoup en demander à ce représentant parmi les plus sincères d’un peuple qui en a enduré beaucoup au cours de son histoire.

Tous ces hommages de circonstance qu’on entend un peu trop depuis ce matin me rappellent un discours célèbre prononcé au congrès du PQ en 1971 par l’extraordinaire tribun que fut Pierre Bourgault. Celui-ci s’était alors porté à la défense de Michel Chartrand qui sortait tout juste de prison, à cause de Trudeau et de son inique loi des mesures de guerre. À l’intention des péquistes qui, tout comme bien des syndicalistes d’ailleurs, avaient fini par tourner le dos au bonhomme qui faisait trembler le Canada à peu près à lui seul, Bourgault avait dit être tanné d’entendre le fameux : « Michel Chartrand, je l’aime bien oui, mais… ». « Ce oui mais me rend malade, moi, et je crois qu’on en a assez », avait ajouté Bourgault qui plaidait de cette façon-là en faveur de la solidarité indépendantiste envers tous les éléments du mouvement, ce qui comprenait bien sûr le patriote Chartrand.

Face à tout ce Québec petit et bien pensant, il y avait au moins deux hommes debout qui se serraient les coudes. Peut-on en dire autant du Québec d’aujourd’hui ? Sûrement pas.

Dans le monde aseptisé et marqué au fer rouge par le politiquement correct dans lequel nous vivons actuellement, on aurait besoin du renfort d’au moins une délégation complète de Michel Chartrand, question de brasser enfin la cabane et de donner de bons coups de pied dans les niques à poux.

Mais non, aucun ne pointe à l’horizon. Et nos politiciens actuels ont tout le loisir d’enterrer, le sourire en coin, l’indépendance à laquelle tenait tant Michel Chartand, ou de nous faire croire qu’une commission d’enquête sur la corruption n’est absolument pas nécessaire. Michel Chartrand avait dit comprendre la colère des jeunes gens qui se sont investis dans le FLQ. Gageons qu’il aurait beaucoup plus de mal à comprendre notre tolérance actuelle face aux manigances du gouvernement, face aux vols, aux turpitudes que commettent les pseudo élites qui prétendent parler au nom du peuple. Le « human interest » le faisait chier ; mais beaucoup moins que les briseurs de bonheurs collectifs !

Un militant s’investissant aussi authentiquement en faveur du bien collectif québécois nous manquera énormément. Mais ce dont on s’ennuiera le plus, c’est de ce Michel Chartrand sans peur et sans reproche. Chartrand semblait incapable de ressentir la peur, ce qui est encore plus rare qu’un citoyen-militant pleinement engagé. Il faisait face à tout, tout le temps. Le système a tenté de le briser d’une multitude de façons. Jamais il n’y est parvenu. Chartand est demeuré droit comme un chêne, faisant face à toutes les tempêtes. Il était décidemment un façonneur de mondes nouveaux, une espèce qui ne compte malheureusement jamais plus de quelques individus.

( Samedi, 17 avril 2010 - ameriquebec.net )

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