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"Ils nous ont enlevés dans les eaux internationales"

vendredi 4 juin 2010, par La Rédaction

Gaza : le ministère des affaires étrangères conteste la version des militants français
"Scandaleux" et "inconvenant". Le moins que l’on puisse dire, c’est que le témoignage de Thomas Sommer-Houdeville sur l’attitude des autorités françaises vis-à-vis des militants pro-palestiniens en route vers Gaza agace au ministère des affaires étrangères. Car selon le Quai d’Orsay, tous les moyens ont été mis en œuvre pour rapatrier les Français détenus en Israël.
"Si nous n’avions rien fait, ils seraient encore là-bas", insiste, très irrité, un responsable du ministère à Paris. Selon lui, le consulat français de Tel-Aviv n’a pas ménagé ses efforts pour négocier le retour de ses ressortissants : "Les dix Français présents à bord de la flottille ne nous avaient pas informés avant de partir. Au lendemain de l’assaut, il nous a fallu un certain temps pour établir leur identité, en liaison avec les services israéliens. Le consul s’est ensuite rendu à la prison de Beer-Sheva, où il a pu rencontrer les détenus français."
D’après le récit de Thomas Sommer-Houdeville, les militants ont effectivement reçu la visite d’un officiel français, mais il s’agissait d’un "attaché culturel", Jérôme Chalençon, qui n’est resté "que 10 minutes". "Il a fait ce qu’il a pu, il a pris nos noms." Renseignements pris, Jérôme Chalençon occupe le poste de consul-adjoint à Tel-Aviv et, selon le ministère des affaires étrangères, il est resté deux jours à Beer-Sheva.
Un problème se pose aux autorités : trois Français, parmi lesquels Thomas Sommer-Houdeville, ne disposent plus de leurs papiers d’identité. "Est-ce que leurs passeports ont été perdus, est-ce qu’ils les ont détruit ?", s’interroge le responsable du Quai d’Orsay. D’après Thomas Sommer-Houdeville, les documents sont encore en Israël, confisqués par les autorités, et les militants n’ont pu rentrer que grâce à l’intervention de l’ambassadeur de Grèce en Israël qui a réussi in extremis à se coordonner avec son homologue français à Athènes.
Du côté du Quai d’Orsay, on réfute cette version des faits. "D’abord, il y a eu une altercation à l’aéroport entre les militants et les Israëliens, et le consul est intervenu auprès des autorités israéliennes. Ensuite, ce sont le consulat de France à Tel-Aviv et l’ambassade de France à Athènes qui ont négocié avec les Grecs pour que les trois hommes puissent embarquer", explique le même responsable.
"Mais pourquoi la France n’a-t-elle pas affrété un avion, comme la Grèce et la Turquie ?", retorque Thomas Sommer-Houdeville. Pour le ministère des affaires étrangères, "la priorité était d’abord de les faire sortir de prison et tous les Français ne voulaient pas rentrer à Paris.
Ensuite, la question de l’affrètement ne se pose que lorsque les personnes sont coincées ou que leur vie est en danger. Enfin, il ne faut pas oublier que tout s’est passé en Israël et que ce sont les autorités israéliennes qui ont décidé des modalités techniques des expulsions."

Un militant de la flottille : "Nous nous sommes sentis abandonnés par la France"

Coordinateur de la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP), Thomas Sommer, est l’un des neuf Français qui ont participé à la flottille pour Gaza, arrêtée lundi 31 mai par un assaut de l’armée israélienne dans les eaux internationales qui a fait neuf morts. Au lendemain de son retour en France, il a répondu vendredi 4 juin aux questions des internautes du Monde.fr.

Qui êtes-vous ? Sur quel bateau étiez-vous ?
Thomas Sommer : Je fais partie des campagnes civiles internationales pour la protection du peuple palestinien, et on a un site web : protection-palestine.org. J’étais sur le cargo grec, le Sophia, où l’on était environ vingt-cinq à trente : Français, Italiens, Suédois...

Comment s’est formée cette flottille ? Quelle association en a été l’initiatrice ?
Il y a plusieurs associations qui ont mis leur projet en commun : une association grecque, Ship to Gaza, qui représente un collectif d’associations, de syndicats, qui ont mis leurs forces en commun pour acheter un cargo, de l’équipement. Ensuite, il y a l’organisation Free Gaza Movement, qui est à majorité anglo-saxonne. Ensuite Ship to Gaza Suède, un collectif suédois qui a fait la même chose en Suède. Il y a aussi IHH, la grosse organisation humanitaire turque, qui existe depuis au moins dix ou quinze ans. Et aussi une organisation située entre Belgique et Angleterre : Campaign to End the Siege on Gaza, une ONG qui fait du lobbying auprès de l’Union européenne pour faire lever le siège. Ce sont les principales organisations qui ont été le moteur de cette action.
J’ai travaillé avec les amis grecs depuis deux ou trois mois. Eux, ils travaillent sur cette opération depuis quasiment un an. Un cargo, 1 500 tonnes de chargement : imaginez l’ampleur du travail ! J’ai plus travaillé pour essayer de mobiliser les réseaux de députés en France, en Europe, et aussi en termes médiatiques sur d’autres réseaux internationaux. Cette opération avait deux objectifs : d’une part, l’urgence humanitaire ; d’autre part, montrer qu’il faut lever ce siège criminel, inhumain.

Comment cela s’est passé sur le bateau ? Avez-vous tenté une quelconque opposition aux forces de l’ordre ?
Ce n’était pas les forces de l’ordre, mais des commandos de la marine israélienne, qui n’avaient rien à faire en plein milieu des eaux internationales. Ce ne sont pas des policiers qui ont arrêté des militants à Tel-Aviv ou Haïfa, mais des commandos qui ont attaqué des civils dans les eaux internationales ! Cela s’est passé de façon violente : de nuit, nous avons été attaqués par des bâtiments de guerre, nous avons eu droit aux frégates, à des navires énormes, et aussi des Zodiac remplis de commandos cagoulés, habillés en noir, et des hélicoptères de combat.
Cela dit, nous avons eu de la chance. Nous étions assez peu sur notre cargo, il y avait un député suédois, un écrivain suédois de renom, Henning Mankell. Quand les deux Zodiac nous ont abordés, nous nous sommes réfugiés en bloc autour de la cabine du capitaine. Ils ont sorti des Taser et ont tiré à bout portant sur les copains qui étaient les premiers devant eux. Ils sont tombés sur le coup puis ils se sont fait tabasser, et une fois que quatre ou cinq étaient à terre, ils ont sorti les pistolets et fusils mitrailleurs. Nous nous sommes mis à terre, ils sont entrés dans la cabine du capitaine et ont pris le contrôle du bateau. Ensuite, ils nous ont pris un par un et nous ont regroupés dans un coin du bateau.

Mais vous aviez été prévenus pendant cinq heures par radio des risques que vous couriez !
Nous, nous avions annoncé que nous allions à Gaza. Sauf que notre cap c’était l’Egypte, car nous voulions arriver le plus tard possible dans la zone des 25 milles au large de Gaza, pour pouvoir négocier. Nous ne nous attendions pas à être attaqués à 4 heures du matin. Les Israéliens nous disaient "Arrêtez-vous". Ils n’avaient pas le droit de le faire, puisque nous étions dans les eaux internationales. Nous le leur avons dit. Nous étions en communication avec les gouvernements turc et grec, les seuls qui auraient eu le droit de nous demander de nous arrêter, et ils ne nous ont rien demandé.

Sur le Mavi-Marmara, pourquoi transporter des barres de fer, couteaux, etc., sur un bateau en mission humanitaire ?
Sur n’importe quel bateau, on trouve au moins une masse, des couteaux de cuisine, du matériel pour faire de la mécanique... C’est ça qu’ils ont trouvé. Nous aussi, sur notre bateau, les soldats israéliens ont trouvé trois couteaux de cuisine, un cutter, une hache et une masse. Ils nous ont expliqué que c’était des armes. Mais sur n’importe quel bateau civil, on trouve ce genre de matériel. La hache sert en cas d’incendie, pour couper des cordes, par exemple.
Deuxième chose : sur le Marmara, les gens se sont défendus comme ils ont pu. Ils se sont fait tirer dessus et se sont défendus avec ce qu’ils avaient sous la main. Imaginez la même situation en Somalie : un cargo français est attaqué en pleine nuit par des pirates, il y a neuf morts, et on apprend qu’à un moment donné les marins français ont essayé de se défendre. Moi, je pense que ce sont des héros et des victimes.

Que pensez-vous des vidéos montrant les passagers du Mavi-Marmara attendant les soldats israéliens, armés de barres de fer, avant même que ces derniers ne soient montés sur le bateau ?
Ce que j’ai vu, ce sont des gens qui se sont défendus contre des soldats qui les agressaient de nuit, au milieu des eaux internationales, avec ce qu’ils avaient sous la main. Ces gens avaient le droit de se défendre. Comme ils le pouvaient. Et ils n’ont tué personne. Sur le bateau turc, aucun soldat israélien n’a été tué.

Comment avez-vous été traité une fois arrêté par la police israélienne ?
Mal. Beaucoup de mes camarades ont été tabassés. Un journaliste italien de la RAI est allé directement à l’hôpital à son retour, à l’aéroport. Ceux qui n’ont pas été tabassés, comme moi, ont été mis en prison. Nous avons été maltraités. Ils ne nous ont pas torturés, mais nous ont traités comme des chiens.

Certaines des associations turques présentes dans la flottille sont proches du Hamas. Pourquoi des gens de gauche modérés ont-ils pris le risque de s’associer à elles ? L’effet n’aurait-il pas été meilleur si des gens modérés s’étaient mis en route avec une flotte plus petite, mais sans risques d’amalgame avec le Hamas ?
Une association, comme l’association turqui IHH, qui tente d’envoyer du matériel humanitaire dans la bande de Gaza depuis plus de dix ans est forcément en contact avec les autorités locales, à savoir le Hamas. Toutes les ONG qui travaillent à Gaza discutent avec le Hamas. On est obligé à un moment donné de passer par eux. Quant à l’idée de partir de notre côté, sur une flotte plus petite, je pense qu’agir chacun dans son coin n’a aucun sens. L’intérêt est d’avoir une flottille internationale qui agisse. C’est le symbole qu’on a envoyé. Des Turcs, des Anglais, des Italiens, des Français... qui agissent ensemble. A un moment donné, on ne supporte plus que la communauté internationale reste passive face à ce qui se passe à Gaza. Il faut que le siège soit levé. On était une cinquantaine de nationalités à le crier haut et fort.

Comment s’est passé le retour en France ? Avez-vous été reçus par un membre du gouvernement ?
Personne ne nous a reçus, et très franchement, là-bas on s’est senti abandonnés. La seule personne qu’on a vue quelques minutes dans le sud d’Israël, c’est un attaché culturel du consulat, qui n’avait aucun pouvoir. Ceux qui nous ont sauvés, moi et mes deux copains, ce sont les Grecs et l’ambassadeur grec, qui a fait quelque chose de fantastique qu’il n’était pas obligé de faire. C’est pour cela que nous sommes arrivés en Grèce : les Grecs nous ont pris dans leur avion militaire, et ensuite nous nous sommes débrouillés pour rentrer à Paris. Mais à aucun moment, le gouvernement français ne nous a proposé un rapatriement. Et nous sommes rentrés à nos frais.
Samedi dernier (le 29 mai), dans une dépêche que j’ai sous les yeux, le gouvernement français annonce qu’il est pour la levée immédiate du blocus, "au moment où sept bateaux humanitaires arrivent à Gaza". Donc pour nous, il nous soutenait. Et le Rachel-Corrie faisait partie de la même flottille, il a été retardé par des problèmes techniques. Il avait le même chargement humanitaire contrôlé par les autorités irlandaises, lesquelles ont dit aux Israéliens qu’il était hors de question de toucher à un cheveu des gens qui étaient sur le bateau. Je ne comprends donc pas la position française.
Je veux bien qu’on me dise : Arrêtez le Rachel-Corrie, et la communauté internationale, l’ONU, prendront le relais et enverront toute l’aide humanitaire nécessaire. Mais ce n’est pas ce qui se passe. D’un côté, l’UE appelle à la levée du blocus, et de l’autre, Bernard Kouchner explique que les politiques ne peuvent pas tout faire, le blocus perdure, et rien ne se passe.

Ne pensez-vous pas qu’il serait plus prudent de faire débarquer les prochains bateaux en Egypte, à El-Arish par exemple, afin que les produits arrivent bien aux habitants de Gaza ?
Savez-vous ce qui est arrivé au convoi qui est parti en décembre et voulait entrer dans la bande de Gaza par l’Egypte ? Cela a été très compliqué, et il n’a réussi à passer que parce que le gouvernement turc a tapé sur la table. Jusqu’à il y a quelques jours, Rafah était fermée, et il a fallu le scandale autour de nos bateaux pour que l’Egypte annonce qu’elle ouvrait Rafah pour laisser passer l’aide humanitaire. Nous, nous voulons des mesures durables, que le blocus soit levé tout de suite, que les dizaines de milliers de tonnes de ciment pour la reconstruction et la nourriture passent. Nous voulons que le blocus soit levé durablement, pas seulement pour quelques mois.

Ce n’était donc pas la première fois qu’une flottille humanitaire (mais aussi à visée politique) partait vers Gaza ?
D’après vous, pourquoi avons-nous choisi la mer ? Parce qu’il y a eu des précédents. Depuis 2008, quatre ou cinq bateaux ont réussi à passer. Cela nous semblait donc le chemin qui donnait le plus de chances de réussite.

N’y avait-il pas d’autre solution, plus douce, pour briser le blocus de Gaza ?
Il y a des solutions très douces : il suffit que la communauté internationale impose à Israël la levée du blocus. Avec si nécessaire des sanctions. Et nous arrêterons de monter des bateaux pour partir pour Gaza. C’est cela la solution douce : que la communauté internationale prenne ses responsabilités et impose la levée du blocus à Israël.

Que pensez-vous de la terminologie utilisée par la presse nationale pour vous décrire ? J’ai entendu : "activistes pro-palestiniens", "militants palestiniens", et parfois même "militants anti-israéliens" ?
Militant palestinien ? Je ne suis pas palestinien. Militant pro-palestinien ? Si s’élever contre le blocus horrible et l’injustice qui s’exercent contre les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, c’est être militant pro-palestinien, alors oui, je le suis. Si l’on prend ce point de vue, l’ONU aussi est pro-palestinienne. Même la France. En tout cas en paroles. Nous leur demandons des actes.

Attendez-vous une enquête ? Craignez-vous qu’il s’agisse d’une enquête uniquement israélienne ou américano-israélienne ?
Je pense qu’il faut une enquête internationale. On ne peut pas être juge et partie. Je pense qu’il faut mettre les Israéliens face à leurs responsabilités. Ce qui vient de se passer, c’est un acte de piraterie. Quand la marine israélienne attaque des bâtiments en plein milieu des eaux internationales, tue des gens, kidnappe les civils sur les bateaux, vole le chargement, le bateau, y compris nos bagages, et même nos papiers d’identité – je n’ai plus ni passeport, ni carte d’identité, ni portable ! Je ne sais même pas s’il y a un précédent dans l’Histoire !

Comprenez-vous le droit d’Israël à se défendre ?
Bien sûr, mais qui les a attaqués ? Ils ne se défendent de rien, ils attaquent des bâtiments civils. Ils peuvent alors kidnapper la moindre ONG qui déclare qu’il faut envoyer de l’aide humanitaire à Gaza ? Nous ne les avons pas attaqués, c’est eux qui nous ont attaqués. Par ailleurs, est-ce qu’Israël est en guerre contre la Grèce, la Turquie, l’Irlande ? Je ne le pense pas.

Que deviennent les bateaux arraisonnés et les marchandises qui sont à bord ?
On n’en sait rien. A moins que nos gouvernements ne tapent du poing sur la table pour les récupérer, j’ai bien peur que ces bateaux et leur chargement ne disparaissent, comme nos affaires, nos passeports et tout le reste.

Comptez-vous porter plainte ? Et si oui, qu’attendez-vous de cette plainte ?
J’aimerais pouvoir rencontrer les autorités françaises, au moins sur la question des papiers d’identité. Les passeports appartiennent à l’Etat, donc lui seul peut les récupérer. Pour le reste, bien sûr, nous allons porter plainte devant la Cour internationale de justice, individuellement et collectivement.

Envisagez-vous de nouvelles actions de ce type ?
Tant que la communauté internationale ne prendra pas ses responsabilités, tant que le blocus ne sera pas levé effectivement, les gens qui trouvent insupportable ce qui se passe à Gaza prendront les choses en main et agiront selon leur conscience. Je pense que cela relève du droit d’ingérence humanitaire, concept mis en place, si je me souviens bien, par Bernard Kouchner. Moi, je peux déjà vous annoncer qu’un bateau français va partir dans les prochains mois. Et j’espère bien être à bord.

( échange modéré par Aline Leclerc )

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Le cargo en route pour Gaza n’est plus joignable
Les organisateurs de la flottille d’aide pour Gaza ont annoncé vendredi avoir perdu le contact avec le cargo Rachel Corrie, affrété par une organisation irlandaise, qui tente à son tour d’acheminer de l’aide humanitaire au territoire palestinien. "Nous avons perdu tout contact avec le bateau. Nous supposons qu’il s’agit d’un sabotage par les Israéliens", a déclaré à l’AFP Audrey Bomse, une porte-parole du mouvement Free Gaza (Gaza Libre). "Nous allons conduire le Rachel Corrie dans un port, y faire monter davantage de personnalités, et insister pour que des journalistes du monde entier nous accompagnent", afin de prévenir toute attaque contre le bateau ou ses passagers, a-t-elle ajouté. "Nous espérons que les communications seront rétablies afin de pouvoir informer les passagers de cette décision" de s’arrêter dans un port, a expliqué à l’AFP Audrey Bomse.
Le Rachel Corrie, à bord duquel voyagent quinze personnes, de nationalité irlandaise et malaisienne, dont un Prix Nobel de la paix et un ancien responsable de l’ONU, se trouvait jeudi après-midi approximativement à 250 milles marins (400 km) de l’endroit où a eu lieu le raid meurtrier israélien contre la flottille, selon un porte-parole de l’organisation irlandaise. Le bateau était initialement attendu samedi au large de Gaza.

Où est le MV Rachel Corrie ?
Le cargo MV Rachel Corrie, à bord duquel voyagent 15 personnes dont un prix Nobel et un ancien responsable de l’ONU, se trouvait jeudi après-midi "approximativement à 250 milles marins (460 km) de Gaza et a l’intention de poursuivre sa route sans s’arrêter jusqu’au port de Gaza", a précisé un passager dans un communiqué diffusé sur le site de l’organisation Campagne de solidarité Irlande-Palestine (IPSC, Ireland Palestine Solidarity Campaign). Il devrait arriver samedi sur place.
Son équipage a déjà annoncé qu’il n’opposerait aucune résistance en cas d’intervention israélienne. Les passagers "s’assiéront, lèveront les bras et se laisseront arrêter", affirme l’IPSC. L’ancien haut responsable de l’ONU Dennis Halliday qui se trouve à bord du navire, a souligné que le but de la mission "n’était pas de provoquer mais d’acheminer une cargaison humanitaire à Gaza". "Nous appelons l’ONU à inspecter le cargo et à nous escorter jusqu’à Gaza, à faire monter à bord un représentant".

Gaza : où est la cargaison de la flottille internationale ?
Qu’est devenue la cargaison de la flottille internationale interceptée lundi en haute mer par la marine israélienne ? Selon les organisateurs, les six bateaux du convoi transportaient environ 10 000 tonnes d’aide humanitaire, dont de l’aide médicale, de la nourriture, des vêtements, des maisons préfabriquées, des aires de jeux pour enfants, des fournitures scolaires, des barres de fer et du ciment.
A la suite du raid, le Premier ministre israélien avait assuré que toutes ces marchandises pourraient arriver dans la bande de Gaza. A quelques exceptions près : les armes, les matériaux pouvant servir à leur fabrication, et certains produits comme le ciment, susceptibles d’être utilisés pour bâtir des bunkers et qui ne passent pas au travers du blocus israélien.
Depuis mardi, l’armée israélienne a annoncé que le chargement était donc, en partie, transférée par voie terrestre vers la bande de Gaza, depuis le port d’Ashdod où les navires avaient au préalable été conduits. Selon les estimations d’un porte-parole de l’armée cité mardi, le déchargement et le transfert vers Gaza devait être achevé d’ici ce jeudi.
Mais Israël accuse désormais le Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, de bloquer l’acheminement terrestre de l’aide en question. "Malheureusement, en ce moment les Palestiniens ne veulent pas accepter cette cargaison et les camions sont chargés mais ne peuvent entrer dans la bande de Gaza", selon Avital Leibovitz, porte-parole de l’armée israélienne.
Les camions seraient bloqués au passage de Kerem Shalom, tout près de la frontière égyptienne, où transitent d’ordinaire environ 120 véhicules par jour.
"Nous en déduisons que le Hamas empêche l’entrée de l’aide humanitaire", a-t-elle indiqué, accusant le Hamas d’avoir "apparemment décidé que le bien-être de la population était sans doute moins important que la politique intérieure".
Sans répondre directement aux accusations israéliennes, le porte-parole du gouvernement Hamas, Taher al-Nounou, a annoncé que celui-ci, qui contrôle la bande de Gaza, n’avait pas reçu livraison de cette aide. Il a également estimé que cette livraison devait être coordonnée avec la Turquie, d’où provient une grande partie de l’aide.
Le ministre des Affaires sociales du gouvernement Hamas, Ahmad al-Kurd, a pour sa part affirmé à des journalistes que l’aide ne devrait entrer qu’à condition que "rien ne soit volé aux activistes et sans aucune exception". "Cela inclut les maisons préfabriquées, le ciment, le fer, et les générateurs électriques", a-t-il souligné, en référence à des produits régulièrement bloqués par Israël.

Sécurité renforcée à Jérusalem après l’assaut de la flottille
Les mesures de sécurité ont été renforcées à Jérusalem, où les autorités israéliennes s’attendent à une violente réaction des Palestiniens à l’occasion de la prière du vendredi, quatre jours après l’assaut de la flottille d’aide à la bande de Gaza.
L’opération de la marine israélienne, qui s’est soldée par la mort de neuf militants, a soulevé une vague d’indignation à travers le monde, mais la réaction est jusqu’ici restée limitée dans les territoires palestiniens.
Les forces de l’ordre israéliennes ont toutefois été déployées en nombre dans les quartiers arabes de la ville sainte et les hommes âgées de moins de 40 ans ne sont pas autorisés à pénétrer sur l’esplanade des Mosquées, traditionnel foyer de tensions.
"Tout est activé", a déclaré Micky Rosenfeld, porte-parole de la police, évoquant le dispositif de sécurité.
Benjamin Netanyahu, chef du gouvernement israélien, a par ailleurs invité Tsahal à faire preuve de "prudence et de courtoisie" avec les passagers du Rachel Corrie, un autre navire qui fait route vers la bande de Gaza, dont l’équipage s’est dit déterminé à poursuivre sa route malgré les événements de lundi.
A bord se trouve l’Irlandaise Maired Corregan-Maguire, lauréate du prix Nobel de la paix en 1976. L’ancien navire marchand, rebaptisé du nom d’une militante pacifiste américaine tuée par un bulldozer israélien en 2003 à Gaza, devrait atteindre les eaux de Gaza samedi matin.
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a affirmé sur Radio-Israël que le navire ne serait pas autorisés à briser le blocus.
Les Etats-Unis ont réagi avec prudence à l’opération des commandos israéliens contre les six navires qui tentait de forcer ce blocus, lundi.
L’événement, a souligné jeudi l’émissaire américain au Proche-Orient, ne doit pas "saper les progrès limités (mais) réels" accomplis dans le cadre des négociations indirectes entamées en mai.
George Mitchell s’est entretenu vendredi avec Benjamin Netanyahu. Le diplomate avait été reçu deux jours plus tôt par le président palestinien Mahmoud Abbas, avec lequel il a évoqué l’assaut et le blocus de la bande de Gaza.
"Je pense que ce qui est important désormais, c’est de sortir de l’impasse actuelle, de faire de cette tragédie une opportunité", a quant à lui déclaré jeudi Barack Obama sur l’antenne de CNN.

Les juifs de France divisés
Depuis le lancement, en mai à Bruxelles, d’un "appel à la raison" au gouvernement israélien, baptisé JCall, initié par des juifs européens, une recomposition est en cours en France. Elle s’effectue entre les pro-israéliens qui considèrent comme prioritaire la loyauté vis-à-vis d’un gouvernement israélien démocratiquement élu, et ceux qui estiment que les errements ou jugés tels de sa politique, principalement sur la question palestinienne, justifient au contraire la critique et l’intervention de la communauté internationale pour forcer une paix de plus en plus insaisissable.
Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) défend les positions israéliennes officielles, y compris lorsqu’elles tranchent avec celles du gouvernement français. C’est le cas notamment sur la question du partage de Jérusalem (auquel le premier ministre israélien est opposé, contrairement à Nicolas Sarkozy).
A l’inverse, JCall avance que les constructions de quartiers de colonisation dans la partie orientale de la ville, conquise par la force en 1967, et où les Palestiniens veulent établir leur capitale, hypothèquent les chances de parvenir à la paix.
Alors que le CRIF fut un pionnier du dialogue judéo-arabe par le passé, son président actuel, Richard Prasquier, défend rigoureusement la ligne pro-israélienne, comme on a pu le voir à l’occasion du drame de la flottille pour Gaza.
Après une première réaction officielle de son directeur général, Haïm Musicant, déplorant "profondément" les morts, Richard Prasquier s’est ensuite attaché à mettre en cause le caractère humanitaire du convoi arraisonné par la marine israélienne, reprenant ainsi la thèse officielle développée par Tsahal, l’armée israélienne.
De son côté, JCall, a publié un communiqué plus équilibré déplorant "une crise qui ne profite qu’aux extrémistes des deux bords". En France comme en Israël, la deuxième intifada palestinienne et la multiplication des attentats ont contribué, à partir de 2000, à l’effritement du "camp de la paix" qui s’était engagé avec les accords d’Oslo conclus en 1993, mais qui n’ont pas débouché sur la paix.
On peut noter la même dichotomie aux Etats-Unis, où réside la plus importante communauté juive en dehors d’Israël (la France vient en deuxième position). La ligne légitimiste est défendue par la majorité des organisations juives américaines, à commencer par la puissante American Israel Public Affairs Committee (Aipac), très bien implantée au Congrès. Mais celles-ci doivent compter, depuis 2008, avec un lobby à la fois pro-israélien et pacifiste, JStreet, qui a d’ailleurs inspiré JCall.

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Les Français de retour à Paris fustigent l’assaut israélien
Six militants français pro-palestiniens, qui étaient sur les bateaux arraisonnés lundi par la marine israélienne au large de Gaza, ont fustigé, jeudi à leur arrivée à Paris, l’assaut des commandos israéliens « extrêmement violent et disproportionné ». Ces six Français - cinq membres Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens (CBSP) et un de la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP) - sont arrivés à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle en deux avions différents.
Salah Berbagui, Mounia Cherif et Miloud Zenasni ont débarqué vers 16h45 d’un vol de la compagnie Turkish Airlines, en provenance d’Istanbul. Ahmed Oumimoun, Mouloud Bouzidi et Thomas Sommer-Houdeville sont arrivés deux heures plus tard à bord d’un vol d’une compagnie grecque venu d’Athènes.
Ils avaient tous été expulsés d’Israël mercredi soir après que leurs bateaux eurent été arraisonnés par des militaires israéliens au large de Gaza. « Ils n’ont respecté aucune règle (...) Ils nous ont enlevés dans les eaux internationales », a déclaré Mounia Cherif, âgée d’une vingtaine d’années. « Ils nous ont frappés avec des matraques, des Taser », a souligné la jeune femme domiciliée en Seine-Saint-Denis et membre du CBSP.
Salah Berbagui, 38 ans, responsable du CBSP de Lyon, a qualifié l’assaut d’« extrêmement violent et disproportionné ». « Il n’ont pas tiré à balles réelles, mais c’était quand même violent », a précisé Thomas Sommer-Houdeville, du CCIPPP.
Selon un bilan de l’armée israélienne, l’opération a fait neuf morts, tous des passagers civils, et sept blessés dans les rangs de Tsahal. Les militants tués sont huit Turcs et un Américain d’origine turque, tous morts par balle, dont un à bout portant, selon des médecins légistes turcs. Les Etats-Unis ont annoncé l’ouverture d’une enquête sur les circonstances de la mort de cet Américain, en précisant qu’il ne s’agissait pas « à ce stade » d’une enquête criminelle.
Après quelques mots échangés avec la presse, les militants français ont été évacués par des CRS vers un ascenseur jusqu’à un parking à l’abri des journalistes. Un dispositif de sécurité a été renforcé après les incidents de la veille à l’aéroport entre une vingtaine de jeunes juifs et autant de musulmans.
Les militants du CBSP portaient des casquettes blanches avec le sigle de leur comité basé à Paris et des keffiehs noirs et blancs autour du cou, qui leur avaient été donnés par leur président Khaled Al Shouli, dès leur arrivée. « Ils ont été conduits de force dans des pays étrangers sans savoir vraiment où on les emmenait. Ils ont vécu des conditions de détention difficiles », a-t-il affirmé.
Le ministère des Affaires étrangères avait annoncé dans la journée que neuf Français, qui faisaient partie de la flottille, avaient pu quitter Israël mercredi soir en direction de la Turquie et de la Grèce.
Youssef Benderbal, un dixième militant français pro-palestinien, également membre de la flottille et qui avait regagné Paris dès mardi, était à Roissy jeudi. Il a assuré qu’un autre membre du CBSP, Mazen Kahel, était encore en Turquie.
Le CBSP agit depuis 20 ans en France au profit des Palestiniens. Cette organisation a été désignée comme « entité terroriste » par les Etats-Unis le 22 août 2003, en même temps que quatre autres ONG accusées « d’apporter leur soutien au Hamas et former son réseau de collecte de fonds en Europe ».

Gaza : Israël refuse une enquête internationale
Laisser retomber la vague « d’hypocrisie qui déferle dans le monde » contre Israël : telle est la tactique adoptée par Benyamin Nétanyahou. Le premier ministre a ordonné la libération des quelque 700 militants propalestiniens à bord des bateaux arraisonnés en pleine mer lundi soir. Ils ont été rapatriés sans qu’aucune poursuite judiciaire ne soit engagée, contrairement à ce qui avait été envisagé dans un premier temps.
Les corps des neuf passagers tués - dont un citoyen américain d’origine turque - ainsi que les blessés (à l’exception de sept militants intransportables) ont également été transférés en Turquie. Ainsi, les prisons ont été vidées, histoire de réduire quelque peu la tension avec Ankara, qui menaçait de représailles si les détenus turcs n’étaient pas libérés rapidement. Jeudi, six Français ont pu rejoindre Paris.
Sur le front diplomatique, Benyamin Nétanyahou tente de désamorcer une deuxième mine, en négociant discrètement avec les Américains à propos de la mise sur pied d’une commission d’enquête sur cette affaire. Il souhaiterait se contenter d’une commission exclusivement israélienne chargée de « vérifier » les faits, sans désigner nommément d’éventuels responsables de ce que les médias israéliens présentent comme une « opération fiasco ». « Nous sommes assez grands pour mener notre propre enquête, Israël est un pays démocratique et pas une république bananière », a lancé Moshe Yaalon, vice-premier ministre, tandis qu’Avigdor Lieberman, le chef de la diplomatie, proclamait que son pays, qui n’a « rien à cacher, n’a pas besoin d’un tuteur étranger ».
Ces déclarations à l’emporte-pièce cachent mal, cependant, un profond malaise. Selon un sondage, près des deux tiers des Israéliens estiment que la flottille aurait dû être interceptée de façon « différente ». De source américaine, l’Administration Obama aurait mis en garde Israël avant l’opération, l’invitant à la « prudence » et à la « retenue ».
L’opinion publique israélienne reste profondément divisée sur la nécessité d’une commission d’enquête. Mais la communauté internationale exige que toute la lumière soit faite. Pour trouver un compromis qui ne heurte pas l’état-major de l’armée et satisfasse Barack Obama, plusieurs options sont étudiées, y compris la participation « d’observateurs » américains qui seraient garants de la « transparence » des investigations. Il n’est pas question pour Israël d’accepter une « mission d’enquête » préconisée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui siège à Genève. « Le crédit moral de cet organisme qui s’acharne avec obsession contre Israël a atteint un zéro absolu », tranche Ygal Palmor, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
L’an dernier, l’État hébreu avait déjà refusé de coopérer avec ce Conseil, qui avait mandaté le juge sud-africain Richard Goldstone pour enquêter sur l’opération menée par l’armée israélienne dans la bande de Gaza durant l’hiver 2008-2009. Dans son rapport, ce juriste avait accusé Israël et des « groupes palestiniens » de crimes de guerre et recommandé la saisine de la Cour pénale internationale (CPI) si l’État hébreu refusait d’ouvrir une enquête « crédible ». Le gouvernement Nétanyahou garde la même ligne. « Djibouti, le Pakistan, Cuba ou l’Arabie saoudite sont très mal placés pour se présenter comme des défenseurs des droits de l’homme qu’ils violent allègrement », a insisté Ygal Palmor.
Pour compléter le système de défense israélien, le ministère des Affaires étrangères a convié jeudi tous les ambassadeurs en poste à Tel-Aviv pour leur montrer des vidéos du « lynchage » dont les soldats israéliens ont été victimes, lorsqu’ils ont débarqué sur un des bateaux en descendant de filins lancés depuis des hélicoptères. Pour Avigdor Lieberman, ces images prouvent que les militaires ont eu affaire à des « mercenaires, liés à des organisations terroristes n’ayant rien à voir avec des militants humanitaires ». Ces explications n’ont toutefois pas empêché l’Afrique du Sud d’imiter la Turquie en rappelant son ambassadeur en signe de protestation.

( Vendredi, 04 juin 2010 - Avec les agences de presse )

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Non au terrorisme de l’Etat d’Israël
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