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Tripoli
Le nom de la cité proviendrait du grec Tripolis.

mardi 27 juillet 2010, par La Rédaction

Tripoli est, de par son importance démographique et économique, la deuxième ville du Liban. Sa population est estimée à 190 000 habitants environ. Chef-lieu du gouvernorat du Liban-Nord et du district de Tripoli, la ville constitue également le noyau d'une Fédération de municipalités, créé en 1982 et nommée Tripoli al-Fayha'a (Tripoli l'odorante), qui l'associe aux communes d'El-Mina et de Beddawi.
Tripoli se situe à 85 kilomètres au nord de Beyrouth.
La population de Tripoli est majoritairement de confession sunnite (1) (environ 80%).
Le nom de la cité proviendrait du grec Tripolis. Elle aurait été nommée ainsi du fait de sa séparation en trois parties distinctes par les commerçants venant de Tyr, Sidon et Aradis (2).
A partir de 1070, Tripoli est sous la domination des Banû ’Ammâr (3), qui se sont rendus indépendants des califes fatimides (4) d'Égypte. En 1102, lors de la première croisade, la ville fut assiégée par Raymond IV de Toulouse (5) et défendue par le qâdî Fakhr al-Mulk (6). Le siège dura près de 10 ans, infligeant de lourds dégâts à la ville, qui tomba aux mains des croisés en 1109. Elle fut ensuite, durant le temps des croisades, la capitale du comté de Tripoli, l'un des principaux États francs du Levant. En 1289, les mamelouks (7), emmenés par le sultan Qala'ûn (8), conquirent la ville.
Du temps des Mamelouks, Tripoli garde encore un cachet tout spécial constitué par les nombreux monuments religieux reconnus par les couleurs blanches et noires de leurs façades. La vieille ville renferme des mosquées hors du commun comme celle de Taynal, Moaalaq, Tahham, Bortasiyyeh, etc.
On retrouve dans le cœur de Tripoli, souk El Bazerkane, souk Al-Attarine, Bab el Ramal, des vieilles maisons ou des anciens palais marqués par le temps et les décennies de négligence, témoins du faste de la ville. Maisons méconnues, car cachées. Tripoli possédait plusieurs portes qui ont disparu mais qui ont donné leurs noms à des quartiers résidentiels de la ville. Ce sont Bab El Tabaneh (porte de la paille), Bab El Hadid (porte de fer, hadid) et Bab El Ramal (Porte du sable, raml). D'autres quartiers forment la ville de Tripoli, dont Al-Qobeh et Abou Samra situés sur les deux collines de la ville. Zahrieh, Tal, Azmi, Tariq el Mina, aussi bien que Aswaq, Swaiqa, Hadadine, etc.
Le 22 Juin 1893, le HMS Victoria entre en collision avec le HMS Camperdown au cours de manoeuvres près du port de Tripoli. Il coule rapidement, emportant avec lui 358 membres d’équipage, y compris le commandant de la flotte britannique de Méditerranée.
Pendant les conflits, entre 1975 et 1990, des affrontements se sont déroulés à Tripoli comme dans toutes les grandes villes du Liban.
Si la ville de Tripoli abrite quelques 190 000 habitants, la taille démographique de l'agglomération peut être estimée à quelques 250 000 à 300 000 résidents, selon les critères et limites retenus. En effet, la croissance urbaine a repoussé les limites de son agglomération qui intègre désormais sur son flanc méridional les municipalités de Ras Maska Qalamoun (district de Tripoli) qui concentrent la majorité des infrastructures balnéaires de l'agglomération. A l'est, sur le plateau, la jonction urbaine avec l'agglomération de Zghorta (9) est progressivement réalisée le long des axes routiers. Les espaces agricoles liés à la culture de l'olivier, qui séparaient autrefois les centres urbains de Tripoli et de Zghorta distants de quelques 5 kilomètres, sont l'objet d'un mitage de plus en plus intense sous l'effet d'une pression immobilière exacerbée par des pratiques de rente et spéculatives. Au nord, l'urbanisation est désormais continue avec les communes du district de Minié et le long de l'autostrade qui mène à la région du Akkar (10) et à la frontière syro-libanaise. Seuls les terrains en friche de l'ancienne raffinerie de l'Iraq Petroleum Company et un vaste camp militaire rompent momentanément la continuité du tissu urbain.
L'agglomération possède un port commercial situé originellement sur la localité d'El-Mina mais dont l'extension contemporaine se répartie sur les municipalités d'El-Mina et de Tripoli. Le port constituait autrefois l'une des Échelles du Levant. Sa position à proximité de l'ensellement de Homs (passage autrefois surveillé par le Krak des Chevaliers) (11) rendait facile les relations avec un vaste hinterland étendu du Nord au Sud d'Alep à Damas et se prolongeant vers l'est jusqu'en Irak. Plusieurs facteurs expliquent pour partie le déclin relatif du port. A partir du milieu du XIXe siècle, la forte croissance urbaine de Beyrouth et sa constitution progressive en centralité économique et politique relègue le port de Tripoli au second plan. Le choix, par l'administrateur français, de deux zones mandataires distinctes et dans son sillage la création de deux États indépendants (Liban et Syrie) pousse l'administration du nouvel État syrien à développer ses propres infrastructures portuaires (Lattaquié, Tartous, Baniyas) tandis que la frontière sectionne l'hinterland naturel du port de Tripoli et rend plus difficile son exploitation commerciale. La fermeture de la liaison ferrée vers Homs, puis celle du pipeline ainsi que les destructions des infrastructures portuaires et industrielles engendrées par la guerre civile et les crises régionales limiteront drastiquement les activités portuaires. Depuis la fin du conflit civil et à la faveur des deux guerres du Golfe (12), le port recouvrera une partie de son intérêt national et régional. Depuis une vingtaine d'années les infrastructures ont progressivement été réhabilitées et améliorées à la suite de plusieurs plans de développement (extension des quais, curage des bassins, création d'une zone franche, etc.). D'autres projets sont en cours de réalisation (nouvelle digue, extension des capacités de stockage, etc.) ou encore sous étude (nouvelle interconnexion au réseau ferré).
La ville est connue pour abriter la forteresse Saint-Gilles. Cette forteresse fut la résidence des seigneurs du comté de Tripoli. Elle est aujourd'hui un lieu touristique.
L'Église Saint-Jean, la Grande Mosquée (1294), la mosquée Taynal (1336), la mosquée Al-Mualaq (milieu du XVIe siècle), la mosquée Burtasiyat Madrassa (XIVe siècle), le hammam izz ed-Dine (1298) en restauration, le hammam el-Abed (XVIIe siècle), le hammam al-Jadid ou « nouveau bain » (1740), le souk al-haraj (XIVe siècle), la Tour du Lion construite au (XVe siècle) sont autant de monuments à découvrir.
 
Notes
 
(1) Le sunnisme est le courant religieux majoritaire de l'islam. Il représente 85 à 90% des musulmans.
Ce qui distingue les courants de l'islam sont principalement les sources utilisées pour écrire le droit musulman. Les sunnites s'accordent sur quatre sources de référence principales : le Coran, livre révélé au prophète de l'islam Mahomet. Puis, pour les cas non directement évoqués dans le Coran, les sunnites utilisent en priorité ses actes, puis le consensus des jurisconsultes musulmans, puis finalement la déduction juridique (Qiyas) du jurisconsulte à condition qu'elle ne contredise pas les trois références précédentes. Il existe d'autres sources de références selon les écoles sunnites.
Le mot sunnite dérive de sunna qui représente la ligne de conduite de Mahomet. Ses actes ont donc valeur de loi.
Le sunnisme se subdivise ensuite en écoles de droit ou madhhab, ayant toutes les mêmes croyances. Les quatre principales écoles étant le malékisme, le hanafisme, le chaféisme et le hanbalisme, dont une manifestation récente est le wahabisme et le salafisme.
 
(2) Arouad, Arwad, Arados, Arpad, Arphad, Antioche de Pieria, ou Aradus est une île de la mer Méditerranée, la seule île de la Syrie. La ville occupe toute la superficie de l'île. Elle se situe à 3km de Tartous, l'ancienne Antarados.
 
(3) Banû ’Ammâr est le nom d’une famille de qâdîs qui ont régné sur Tripoli, de 1070 à 1109, c’est-à-dire pendant les quatre décennies qui précèdent la prise de la ville par les Croisés.
 
(4) Les Fatimides sont une dynastie musulmane installée à Ikdjane dans l'actuelle wilaya de Sétif en Algérie. Elle régna sur l'Ifriqiya de (909-1048), en Égypte (969-1171).
Issus de la secte chiite des ismaéliens — pour laquelle le calife doit être choisi parmi les descendants de Ali, cousin et gendre du prophète de l'islam Mahomet, les Fatimides considèrent les Abbassides sunnites comme des usurpateurs de ce titre.
 
(5) Raymond IV (ou VI) de Toulouse, dit Raymond de Saint-Gilles († 1105) est un comte de Saint-Gilles (1060-1105), duc de Narbonne, marquis de Gothie, comte de Rouergue (1065-1105), marquis de Provence (v. 1085-1105), comte de Toulouse (1094-1105) et comte de Tripoli (de 1102 à 1105, sous le nom de Raymond Ier). Il est le fils de Pons, comte de Toulouse, et d'Almodis de la Marche.
 
(6) Fakhr al-Mulk Abû ’Ali ibn’Ammâr est le dernier qâdî de Tripoli, de 1099 à 1109, avant que sa ville ne soit prise par les croisés. Il est membre de la famille des Banû ’Ammâr.
 
(7) Les mamelouks sont les membres d'une milice formée d'esclaves, affranchis et recevant une solde à l'issue de leur formation, au service des califes musulmans et de l'Empire ottoman, qui, à de nombreuses reprises, a occupé le pouvoir par elle-même.
En Égypte, ils sont issus de la garde servile du sultan ayyoubide qu'ils renversèrent en 1250 à l'occasion de la septième croisade. L'histoire de cette dynastie non héréditaire se divise en deux lignées, les Bahrites (1250-1382) et les Burjites (1382-1517). Ils régnèrent sur l'Égypte, la Syrie et le Hedjaz, vainquirent les Mongols à Aïn Jalut (1260), devinrent les protecteurs des Abbassides rescapés, dont ils recueillirent un descendant à qui ils donnèrent le titre de calife. Ils conquirent les dernières possessions des Francs au Levant. Les Ottomans mirent fin à cette dynastie en 1517.
 
(8) Al-Mansûr Sayf ad-Dîn Qala’ûn al-Alfî, aussi connu sous le nom de Qala’ûn ou Kélaoun, est un sultan mamelouk bahrite d’Égypte de 1279 à 1290.
 
(9) Zgharta est une ville maronite de la muhafazah du Nord au Liban. On estime sa population à 50 000 habitants. Elle est la capitale du district de Zghorta. La ville est étroitement liée avec celle d'Ehden, qui partage la même population. L'été, les habitants de Zgharta montent à Ehden ; l'hiver, ce sont les habitants de Ehden qui se rendent à Zgharta.
Beaucoup d'habitants de Zgharta ont émigré à travers le monde, mais une bonne partie continue de venir à Zgharta où ils ont pour certains une maison.
 
(10) Le Caza du Akkar est un district montagneux du nord du Liban, faisant partie du Gouvernorat du Nord. Le Chef-lieu de ce caza est Halba.
La région a été gouvernée pendant les 800 ans passés par les Émirs et les "begs" de la famille "Merheb" qui étaient les propriétaires de la majorité des terrains d'Akkar, à l'exception de la partie nord, gouvernée par les "aghas" de la famille "Al Dandachi".
Le Caza se caractérise par la présence d'une large plaine côtière, surplombé de haute montagne à l'est. Les principales villes du Akkar sont El-Biré, (connue historiquement par "birat al hokm" où on trouve le château de la famille Merheb) Halba, Kobayat (Quobayet).
Akkar possède d'important sites archéologiques Arabes et surtout Romains. Près de Miniara se trouve un site archéologique célèbre qui s'appelle Tell Arqa du lieu de naissance de l'empereur romain Sévère Alexandre en 208, sur la coline d'Arqa près de la localité de Miniara.
 
(11) Le Krak des Chevaliers ou Krak de l'Hospital, le terme « krak » dérive du syriaque karak signifiant « forteresse », Qal`at al-Hosn (La forteresse imprenable) ou Hisn al-Akrād (forteresse des Kurdes) est un château fort datant de l'époque des croisades. Il est situé dans l'ouest de la Syrie, sur les derniers contreforts du jabal Ansariya.
Les chevaliers de l'Hôpital (ou Hospitaliers) gérèrent le fort de 1142 à 1271, date de sa conquête par Az-Zâhir Rukn ad-Dîn Baybars al-Bunduqdari (Baybars Ier), sultan des Mamelouks. Cette conquête mit fin à 129 ans d'invincibilité du fort.
Thomas Edward Lawrence, en le découvrant en 1909 le jour de son 21e anniversaire, le qualifia de « plus beau des châteaux du monde, certainement le plus pittoresque que j’ai vu, une véritable merveille. »
Depuis 2006, le krak des chevaliers est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO.
 
(12) Trois guerres ont eu pour cadre le golfe Persique depuis la révolution iranienne en 1979 :
la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988 ;
la guerre du Golfe, invasion du Koweït par l'Irak en 1990, et libération par une coalition en 1991 ;
la guerre d'Irak, invasion de ce pays par les États-Unis et leurs alliés en 2003.