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Ibn Hawkal
Premier grand géographe arabe

vendredi 27 août 2010, par La Rédaction

Abu al-Kasim Ibn Ali al-Nasibi Ibn Hawkal serait né en 920 dans la petite ville de Nisibis en haute Mésopotamie. Mais certains le disent natif de Bagdad où il passa sa jeunesse. Comme pour beaucoup de personnages célèbres, on ne connaît pratiquement rien de sa vie, excepté ce qui concerne ses voyages. Tout ce dont on peut être sûr, c’est qu’il quitta Bagdad le vendredi 15 Mai 943 pour partir à la découverte du monde.

Au cours d'une série de voyages qui dura 30 ans, Ibn Hawkal parcourut pratiquement le monde islamique dans sa totalité, de l’Espagne à l’Asie centrale et des montagnes glacées d’Afghanistan jusqu’aux déserts brûlants d’Afrique Occidentale. Il rédigea plusieurs comptes rendus de ses déplacements dont un ouvrage intitulé " La Forme du Monde ", un document remarquable d’exactitude témoignant d’une réelle approche scientifique et d’un souci constant du détail.

A cette époque, le Califat abbasside de Bagdad connaissait d’important soubresauts politiques et idéologiques, en particulier en Egypte où les Chi’ites fatimides étaient en train de s’implanter et d’installer un pouvoir fort. Et à ce sujet, certains écrits d’Ibn Hawkal ont amené plusieurs spécialistes à se demander si en fait ce grand explorateur ne travaillait pas comme espion à la solde des Fatimides.

Dans ses premiers voyages, Ibn Hawkal tourna ses pas vers l’Ouest et en particulier vers la Tunisie et le Maroc. A partir de ce dernier pays, en 948, il franchit le Détroit de Gibraltar pour gagner l’Espagne. Là, il ne manqua pas de s’émerveiller devant la cité de Cordoue dont le rayonnement était mondial. Il nota tous les accomplissements intellectuels des Arabes d’Espagne ainsi que les richesses considérables dont ils jouissaient. Toutefois, certaines allusions à la faiblesse de la dynastie des Omeyyades ainsi qu’à sa vulnérabilité militaire face à certaines attaques possibles renforceraient la suspicion d’espion qui pèse sur lui.

Puis il retourna au Maroc qu’il traversa du Nord au Sud pour finir par atteindre le Ghana en 951. Il fut ainsi le premier à atteindre ce royaume regorgeant d’or et où le Roi régnait comme l’incarnation d’un Dieu. Il fut de fait le premier à écrire sur ce pays et sur sa capitale… ainsi que sur le fleuve Niger. Et comme dans la partie où il l’observa, le fleuve coulait vers l’est, il commit l’erreur de le considérer comme étant la source du Nil.

Son voyage vers le sud de l’Afrique lui permit aussi de descendre 20° en dessous de l’Equateur le long de la côte et de noter que là, vivaient de nombreuses populations. Ce qui venait contredire les assertions des scientifiques grecs de l’Antiquité qui considéraient ces régions comme inhabitables.

A partir de là, Ibn Hawkal se mit en tête d’atteindre le vrai Nil et pour cela, il se lança dans une traversée aventureuse du Sahara. Et coïncidence, il arriva en Egypte en 969, année où les Fatimides achevaient pratiquement la conquête du pays et y établissaient une dynastie qui allait durer plus de deux siècles.

En 955, on retrouve Ibn Hawkal en Arménie et en Azerbaïdjan à des milliers de kilomètres de l’Egypte, mais il est impossible de savoir comment il parvint en ces terres lointaines. Dans les années qui suivirent, il parcourut l’Asie Occidentale et en particulier la Syrie. Puis il poursuivit vers l’Irak et l’Iran pour finir par traverser le fleuve Oxus en Asie Centrale. Enfin, il atteignit la légendaire cité de Samarkande. C’est là qu’il remarqua que les jardiniers spécialistes en art topiaire taillaient les arbustes et les buissons pour qu’ils ressemblent à des animaux. Plus sérieusement, il étudia les méthodes judicieuses qui y étaient utilisées pour pratiquer l’irrigation… et alla même jusqu’à s’intéresser au système " bureaucratique " de la cité.

Incapable de " tenir en place ", en 973, il aborda la Sicile, possession musulmane depuis 825.

Déjà en 967, il avait rédigé un ouvrage " Les Routes et les Provinces " et à son retour à Bagdad en 977, il en publia une nouvelle version " revue et augmentée ". Mais c’est à la fin de sa vie qu’il écrivit une œuvre entièrement nouvelle et innovante : " La Forme du Monde " qui constitua la version définitive de son " journal de voyage ". Ce qui frappe le plus dans son œuvre, c’est le souci du détail qu’il apporte à la description de chaque endroit visité.

Il fut un des premiers, sinon le premier, à décrire complètement et exactement l’Espagne musulmane, l’Italie et " le Monde Romain ", car c’est ainsi que les Musulmans appelaient l’Empire Byzantin.

Il est évident que tous ses écrits furent d’une grande utilité pour tous les voyageurs postérieurs et pour toutes ces raisons il peut être considéré comme le premier grand géographe arabe et non comme un simple " voyageur ", voire un vulgaire " espion ". Ses textes ont contribué de façon indéniable à une meilleure connaissance du Monde Médiéval Musulman.