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Al-Masudi
l’Hérodote ou le Pline de la civilisation arabe

samedi 28 août 2010, par La Rédaction

D’origine arabe mutazilite, Abul Hasan Ali Ibn Husain Ibn Ali Al-Masudi était un descendant d’ Abdallah Ibn Masud, un compagnon du Prophète. Il naquit dans la dernière décade du IXème siècle. Il était à la fois physicien, historien et géographe.
En 915, il voyagea jusqu’à Fars et après être resté un an à Istikhar, il passa par Bagdad avant de se rendre en Inde où il visita Multan et Mansoora. A cette époque, Mansoora était une cité de grande renommée et la capitale de l’état arabe de Sind.
Puis il rentra à Fars... où il ne resta pas longtemps car il repartit pour Kirman puis à nouveau pour l’Inde.
En 918, il se rendit au Gujarat (aujourd’hui province indienne) où, à l’époque vivaient plus de 10 000 musulmans arabes qui s’étaient installés dans le port de Chamoor.
Après quoi, il traversa le Deccan, Ceylan (Sri Lanka), l’Indochine et la Chine pour finir par rentrer à Bassora en passant par Madagascar, Zanzibar (le plus grand comptoir arabe de la traite des esclaves noirs) et Oman.
A Bassora, il acheva de rédiger son " Muruj al Thahab " dans lequel il décrit de façon passionnante les nombreuses expériences qu’il vécut dans toutes les lointaines contrées qu’il avait traversées, parlant aussi bien des peuples et de leurs coutumes que des caractéristiques géographiques et climatiques. Il raconta en détail tous ses contacts avec les Chrétiens, les Juifs, les Iraniens et les Indiens.
Mais vraiment incapable de se fixer en un lieu, il repartit pour la Syrie et le Caire. C’est dans cette ville qu’il rédigea son second ouvrage, " Muruj al-Zaman " une véritable encyclopédie en trente volumes ! Il y décrit minutieusement à la fois l’Histoire et la Géographie de tous les pays qu’il a visités.
En 947, il compléta son premier ouvrage. Puis, sous le titre " Kitab al-Ausat ", il en entama le complément sous la forme d’une Chronologie des principaux Evènements Historiques.
Enfin, en 957, année de sa mort, il put encore rédiger le " Kitab al-Tanbih wa al-Ishraf " qui contenait aussi un sommaire de ses principaux écrits ainsi qu’un errata les concernant.
C’est l’importance et la richesse de cette oeuvre qui font qu’al-Masudi est considéré comme étant l’Hérodote ou le Pline de la civilisation arabe. En présentant ses analyses sous une forme critique, il introduisit une nouvelle façon de voir et de traiter l’Histoire. Méthode d’analyse critique qui fut plus tard reprise et améliorée par Ibn Khaldun.
Dans " Al-Tanbeeh ", il réalisa une approche systématique de l’Histoire en la confrontant aux données de la Géographie, de la Sociologie, de l’Anthropologie et même (pourrions nous dire) de l’Ecologie, démontrant par là que l’histoire des peuples était obligatoirement conditionnée par de nombreux éléments souvent extérieurs aux hommes eux-mêmes.
Et c’est avec beaucoup de perspicacité qu’il étudia les causes de l’essor et de la chute des nations.
Avec une approche à la fois très analytique et très scientifique, il tenta de donner une explication du terrible tremblement de terre de 955. Il s’intéressa aussi aux problèmex des eaux de la Mer rouge ainsi qu’à de nombreux autres problèmes de nature géologique.
Il fut le premier auteur à faire mention des moulins à vent inventés par les musulmans du Sijistan.
Il sut aussi aborder des domaines moins scientifiques et plus " légers " et dans son " Muruj al-Thahab ", il se livra à une étude très intéressante de la Musique, non seulement la musique arabe, mais aussi celle des contrées qu’il avait visitées.
Dans son livre " Muruj al-Thahab wa al-Ma’adin al-Jawahir " (Les prairies d’or et les mines de pierres précieuses) il démontra de façon remarquable qu’il était capable d’aller puiser des informations auprès des sources les plus diverses, prouvant ainsi sa réelle curiosité scientifique. Toutes ces expériences et ce savoir étaient donc rassemblés dans les " Kitab al-Ausat " et " Kitab al-Tanbih wa al-Ishraf ", en tout trente quatre volumes dont il ne subsiste plus hélas que trois d’entre eux.
Des historiens ont toutefois émis des doutes quant à ses " prétendus " voyages jusqu’en Chine ou Madagascar. Mais il est bien difficile de se prononcer dans la mesure où l’essentiel de ses écrits a disparu au cours des temps. Toujours est-il qu’en ce qui concerne ce dont on est sûr, on ne peut que constater qu’il aborda toujours les choses avec un remarquable esprit scientifique, apportant par là même une formidable contribution à l’étude de la Géographie, de l’Histoire et des Sciences de la Terre.
Enfin pour conclure, signalons qu’il est tout particulièrement intéressant de noter qu’il aborda aussi un problème bien délicat : celui de l’Evolution, s’interrogeant sur le " passage " des minéraux aux plantes, des plantes aux animaux et enfin des animaux aux hommes. Il alla jusqu’à s’essayer à quelques propositions explicatives, mais même s’il ne put apporter de réponse valable, il est néanmoins remarquable qu’il se soit posé de telles questions.
Sa façon de percevoir et d’aborder le monde eut une influence considérable dans les siècles suivants.