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Ibn Haiyan
Ses découvertes les plus importantes concernent les minéraux et les acides qu’il parvint à isoler ou synthétiser pour la première fois

dimanche 29 août 2010, par La Rédaction

Abu Musa Jabir ibn Haiyan al-Azdi al-Tusi, al-Tartusi, al-Harrani al-Sufi était le fils d’un apothicaire nommé Attar. On ne sait rien de sa date de naissance que certains situent vers 721, mais ce dont on est sûr, c’est qu’il pratiqua la Médecine et l’Alchimie à Kufa dans les années 780. Il aurait étudié à l’époque de l’imam Ja’far Sadiq (Califat de Khalid Ibn Yazid). Durant sa jeunesse, il pratiqua la médecine sous la protection du Vizir Barmaki ( Califat d’Harun al-Rashid ). Il fut d’ailleurs victime de la chute de son Vizir protecteur car il fut alors mis aux arrêts et c’est en prison qu’il mourut en 803.
 
L’influence la plus importante qu’il exerça fut dans le domaine de la Chimie. Par exemple, il introduisit une certaine forme de « méthode expérimentale » dans la pratique de l’Alchimie qui, dès lors perdit son caractère purement « magique » pour commencer à devenir une « Science » que l’on pourrait presque appeler « Chimie ». Il subsiste de son travail une centaine de traités dont 22 sont consacrés à l’Alchimie et à la Chimie. Avec lui, cette nouvelle approche du monde devint un domaine de recherches à part entière.
Il s’attacha principalement à définir et décrire les différentes opérations de base telles que la cristallisation, la distillation, la calcination, la sublimation et l’évaporation. Et pour chacune de ces transformations physiques, il s’efforça toujours de décrire les appareils ou dispositifs adéquats pour les réaliser au mieux.
Bien sûr, ses textes les plus importants traitent évidemment de l’Alchimie. On connaît de lui « Le Livre du Royaume », « Le Petit Livre des Equilibres », « Le Livre de la Pitié », « Le Livre de la Concentration », « Le Livre du Mercure de l’Est »….
 
Son approche de l’Alchimie était essentiellement anthropomorphique ou animiste, les corps chimiques se comportant le plus souvent comme des êtres humains avec leurs passions, leurs attirances, leurs répulsions, leurs sentiments… Mais certains de ses écrits laisseraient supposer qu’il aurait possédé une notion bien plus juste des choses et en particulier des phénomènes chimiques. On y trouve une intéressante approche de la formation géologique des métaux. Mais on y trouve aussi des « délires » telle la théorie soufre-mercure affirmant qu’il existait six sortes de métaux, chacun caractérisé par la proportion de soufre et de mercure qui le composait. Toutefois, ces conceptions absurdes le conduisirent, plus ou moins par hasard, à synthétiser des composés chimiques intéressants à base de carbonates, de sulfures, de plomb, d’arsenic et d’antimoine.
Ses découvertes les plus importantes concernent les minéraux et les acides qu’il parvint à isoler ou synthétiser pour la première fois dans son al-ambic. Mais surtout, il ne se contenta pas de ces découvertes, il s’appliqua à leur rechercher des applications dans la vie pratique devenant ainsi un des pionniers des Sciences-Appliquées.
Citons par exemple:
Le raffinage ou la purification de plusieurs métaux
L’amélioration des qualités de l’acier.
La teinture des étoffes et des cuirs par des composés chimiques artificiels.
Le tannage des cuirs.
L’imperméabilisation des tissus ou le moyen de les ignifuger (fiche pédagogique - question)
Le traitement anti-rouille des métaux ferreux.
L’utilisation du dioxyde de manganèse dans la verrerie.
L’utilisation des pyrites pour réaliser une encre permettant une écriture dorée.
L’identification des peintures.
Les graisses et leurs usages.
La distillation de plusieurs corps, dont celle du vinaigre pour obtenir de l’acide acétique concentré…
A l’occasion de ces multiples tentatives expérimentales, il parvint aussi à obtenir l’eau régale, seul composé susceptible de dissoudre l’or.
On lui doit bien sûr l’invention de l’alambic dont il sut tirer un remarquable parti en réalisant d’importantes distillations.
Comme on le voit, des découvertes qui sont loin d’être négligeables, même si elles s’appuyaient sur de fausses bases.
 
En se référant aux propriétés physiques des corps qu’il manipulait, il tenta d’établir une classification « générale » de toutes les substances. Il distingua ainsi trois grandes catégories:
Les « esprits », c’est à dire les corps qui se vaporisent quand on les chauffe, tels le camphre, l’arsenic ou le chlorure d’ammonium;
Les « métaux » comme l’or, l’argent, le cuivre, le fer, le plomb…
Les « pulvérulables », c’est à dire tous les corps susceptibles de pouvoir être réduits en poudre.
Bien qu’il ait été connu et catalogué comme alchimiste, aucun de ses travaux ne mentionne de possibles tentatives qu’il aurait mener pour transformer les métaux vils en or… ce qui est pourtant le but avoué de l’Alchimie. Tout dans son œuvre montre au contraire qu’il s’efforça avant tout de mettre au point des méthodes de base rigoureuses et à étudier les mécanismes des différentes réactions chimiques qu’il pouvait observer. Il mit particulièrement l’accent sur les réactions qu’il provoquait en précisant à chaque fois quelles quantités de produits avaient été impliquées pour les obtenir.
On lui doit aussi la création de termes de vocabulaire qui, depuis, sont passés dans le langage universel, tel « alkali » par exemple…
Ses principaux livres de Chimie, tels le « Kitab al-Kimya » et le « Kitab al Sab’een » furent traduits de nombreuses fois en latin et eurent une grande influence sur les chercheurs occidentaux.
Ce qui fit donc sa gloire, ce fut surtout le nombre considérable de synthèses et concentrations qu’il réalisa sur divers produits et en particulier les acides (nitrique, chlorhydrique, citrique…) ainsi que les méthodes de travail rigoureuses qu’il mit au point dans ce domaine naissant de la Chimie.
Il ne se contenta d’ailleurs pas de limiter ses investigations à la seule Chimie puisqu’on lui doit aussi des ouvrages de Médecine (ce qui est assez logique puisque de nombreuses substances bricolées dans les cornues étaient utilisées comme médicaments) et aussi des livres sur l’Astronomie (ce qui ne doit pas non plus nous surprendre puisque chez les alchimistes, les corps les plus importants tels le mercure ou le soufre, sont associés à des Planètes)
Des doutes se sont pourtant fait jour quant à la paternité du travail énorme dont on le crédite. Beaucoup pensent que son travail de base fut au cours des années enrichi par des additions et commentaires de ses élèves et successeurs. Cela tient peut être surtout au fait qu’on découvre son œuvre parsemée de considérations philosophiques et religieuses dont il y a tout lieu de penser qu’elles ne sont pas de sa main, étant donné qu’il ne se préoccupait guère de ces domaines.