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Al-Kindi
Il écrivit des commentaires sur l’Espace et le Temps, affirmant que l’un et l’autre étaient finis.

lundi 30 août 2010, par La Rédaction

Abu Yusuf Yaqub Ibn Ishaq ibn al-Sabah al-Kindi naquit vers 800 (peut être en 796). Il serait issu de la tribu des Kinda (d’où son nom) et grandit à Kufah qui, au IXème siècle, était un important centre de culture et d’enseignement du monde arabe. Ce fut assurément pour lui le meilleur centre d’éducation qui pouvait se concevoir.
On ne sait que peu de choses sur la vie d’al-Kindi et les informations qu’on en possède proviennent de sources différentes qui peuvent souvent se contredire. Il semblerait que son père ait été le Gouverneur de Kufah, tout comme son grand père l’aurait aussi été précédemment. Mais selon d’autres sources, son père aurait été un officier au service d’Haroun al-Rashid. Tout le monde semble s’accorder pour dire qu’il descendait d’une famille royale originaire du sud de l’Arabie. Sa tribu d’origine ayant réussi à en unifier plusieurs autres, avait pris à partir du Vème et début du VIème siècle une place prépondérante… qu’elle perdit à partir du milieu du VIème siècle. Toutefois, les descendants de la famille royale continuèrent à jouer un rôle important pendant l’expansion musulmane qui survint au siècle suivant (Conquête de l’Arabie par Mahomet).
Al-Mamun avait remporté une importante victoire contre son frère en 813 et c’est d’ailleurs cette année qu’il devint Calife. Au début, il régna sur son territoire depuis Merv, mais suite à une tentative de coup d’état à Bagdad en 818, c’est dans cette ville qu’il décida de déplacer sa capitale. Après avoir commencé son éducation à Kufah, al-Kindi se rendit à Bagdad pour y compléter ses études, et là il acquit une grande renommée en raison de sa grande érudition. Si bien que le Calife al-Mamun qui venait juste d’ordonner l’édification de sa fameuse " Maison de la Sagesse ", ne manqua pas de le remarquer.
Al-Mamun était un Calife éclairé qui, prenant modèle sur le célèbre Musée d’Alexandrie (comportant la non moins fameuse bibliothèque), avait décidé de créer un équivalent à Bagdad sous la forme de la " Maison de la Sagesse ". C’est en ce lieu qu’il décida de rassembler et faire traduire tout ce que l’on pourrait trouver concernant les travaux des Grecs de l’Antiquité, tant sur le plan scientifique que dans le domaine philosophique. Al-Kindy se retrouva donc dans la " Maison de la Sagesse " auprès des plus grands scientifiques du moment, dont al-Khwarizmi et les frères Banu Musa. Leur principale activité fut évidemment la traduction des manuscrits grecs… mais encore fallait-il les comprendre pour ne point en altérer le contenu. D’où la nécessité de maîtriser parfaitement un grand nombre de disciplines. Et c’est ainsi que la " bibliothèque de manuscrits " mise en place par al-Mamun devint rapidement la plus grande bibliothèque du monde jamais construite depuis celle d’Alexandrie. Notons que les prospecteurs musulmans recueillirent énormément de documents à partir de l’Empire Byzantin.
Intégrés dans l’enceinte de la " Maison de la sagesse ", al-Mamun fit aussi édifier plusieurs observatoires astronomiques qui permirent aux astronomes musulmans de vérifier, améliorer ou contester les connaissances des anciens.
Al-Mamun mourut en 833 et son frère al-Mu’tasim lui succéda. Al-Kindi conserva les faveurs du nouveau Calife qui lui confia même l’éducation de son fils Ahmad. Al-Mu’tasim mourut à son tour en 842 et lui succéda al-Wathiq qui ne régna pas longtemps bientôt remplacé par al-Mutawakkil en 847. Ce dernier employa officiellement al-Kindi en tant que calligraphe. Durant cette succession rapide de Califes et particulièrement sous le règne des deux derniers, al-Kindi connut quelques moments pénibles, mais il est bien difficile de savoir si sa " disgrâce " tint à ses conceptions religieuses peu orthodoxes ou simplement à une rivalité de personnes à l’intérieur de l’institution. Il est certain qu’al-Mutawakkil prônait un Islam pur et dur puisqu’il persécuta tous les non-musulmans ainsi que ceux qui n’étaient pas assez croyants à son goût et qu’il fit détruire (brûler) les églises et synagogues de Bagdad.
Durant cette période difficile, les écrits d’al-Kindi semblent montrer que tous ses efforts visaient à prouver que ses recherches en Philosophie ne pouvaient pas être " dangereuses " ou " hérétiques " puisque parfaitement compatibles avec l’Islam Orthodoxe et le Coran. Ses arguments religieux paraissant convaincants, il y a donc tout lieu de penser qu’il fut avant tout victime de rivalités scientifiques, en particulier venant des frères Banu Musa et de l’astrologue Abu Ma’shar.
Les intrigues des frères Banu Musa eurent pour conséquences qu’al-Kindi perdit complètement les faveurs du Calife, à tel point que le monarque fit confisquer sa bibliothèque pour en faire cadeau aux trois frères. Toutefois, il semblerait que les livres aient été finalement rendus par la suite à leur légitime propriétaire.
Si al-Kindi est beaucoup mieux connu comme philosophe, il fut aussi un important mathématicien et scientifique. Pour son peuple, il est LE Philosophe arabe. En fait, ce n’est certainement pas le plus grand philosophe musulman, disons simplement qu’il fut le premier de " sang arabe " et aussi le premier de l’Islam. Il était surtout, de tous ses contemporains, le plus versé dans tous les domaines de la connaissance antique : Philosophie, Logique, Mathématiques, Géométrie, Astrologie et Musique… et il semble d’ailleurs étonnant qu’un esprit aussi brillant ait été officiellement cantonné à de simples traductions des textes grecs anciens. En fait, certains pensent qu’il ne traduisait pas les textes lui même mais corrigeait scientifiquement ou mettait en forme des textes traduits par d’autres, particulièrement en leur ajoutant des notes ou commentaires personnels. Comme pour beaucoup de ses semblables, il est évident qu’il fut particulièrement influencé/marqué par les idées d’Aristote, mais on sent aussi qu’il subit les influences de Platon, Porphyry et Proclus. Toutefois, il ne se contenta jamais de seulement leur emprunter des idées, il les remania réellement selon ses conceptions propres.
Al-Kindi a beaucoup écrit sur les Mathématiques, en particulier sur les Nombres (quatre livres) et l’Arithmétique, en y incluant la numération décimale de position inventée par les Indiens. Il aborda aussi l’harmonie des nombres, les opérations (dont la multiplication), les proportions… Il écrivit aussi des commentaires sur l’Espace et le Temps, affirmant que l’un et l’autre étaient finis. Pour soutenir cette assertion, il " démontra par la logique " que l’idée même d’un corps ou d’un espace infini conduisait irrémédiablement à un paradoxe, tant d’un point de vue philosophique que mathématique..
En Géométrie, il s’intéressa à la géométrie de la sphère, ce domaine lui permettant de mener plus rigoureusement ses recherches en Astronomie. Parmi bien d’autres travaux, al-Kindi écrivit beaucoup sur les parallèles. Il proposa une savoureuse réflexion sur la possibilité de l’existence de deux droites du plan qui, simultanément, ne seraient ni parallèles, ni sécantes.
Il rédigea aussi un commentaire du travail d’Archimède sur " la mesure du cercle ".
En Physique, dans un domaine proche de la Géométrie, il apporta une importante contribution à l’optique géométrique pour laquelle il rédigea un (ou deux) livre qui, plus tard, dit-on, aurait considérablement influencé Roger Bacon. Ce livre, " De Aspectibus " traitait aussi bien de l’aspect géométrique de la vision que de son aspect physiologique. Il était surtout basé sur les travaux antérieurs d’Euclide, Héron et Ptolémée. Mais, prisonnier des " idées " de son temps, il ne parvint toutefois pas à échapper à la confusion entre la théorie de la lumière et celle de la vision.
En chimie, il se montra farouchement opposé aux élucubrations alchimiques et il combattit l’idée répandue et absurde qu’il était possible de transmuter les métaux vils en métaux précieux. Cette prise de position était en totale opposition avec les croyances des alchimistes, croyances pourtant très en vogue. Il affirmait que les réactions chimiques ne pouvaient en aucun cas modifier la nature des éléments.
En médecine, sa contribution essentielle fut d’avoir été le premier à déterminer les DOSES de médicaments ou drogues à administrer aux malades. Dans son ouvrage " De medicinarum compositarum gradibus ", il tenta d’établir une posologie basée sur des données mathématiques. Il semblerait qu’avant lui, le volume de médication dépendait soit de la lourdeur de la main du praticien, soit du prix du produit, soit de la fortune ou générosité du patient.
On sait peu de choses sur ses recherches en Musique sinon qu’il établit que les différentes notes utilisées pour créer une harmonie devaient avoir une hauteur précise. Trop hautes ou trop basses, elles aboutiraient à un son déplaisant. Il précisa que l’harmonie obtenue dépendait de la fréquence des notes. Il aurait aussi remarqué que lorsqu’un son est produit, il provoque dans l’air des mouvements comme les vagues sur l’eau et que ce sont ces vagues qui frappent le tympan de l’oreille. Il y a là, à n’en pas douter, un exemple parfait d’une intuition géniale. Son travail comporte aussi une méthode pour déterminer la hauteur des sons.
Auteur prolifique, il aurait écrit 230, 270, 400… livres dont :
16 sur l’Astronomie, 11 sur l’Arithmétique, 32 sur la Géométrie, 22 sur la Médecine, 12 sur la Physique, 22 sur la Philosophie, 9 sur la Logique et 7 sur la Musique. Parmi les quelques qui ont survécu, on peut citer : " Risalah dar Tanjim ", " Ikhtiyarat al-Ayyam ", " Ilahyat-e-Aristu ", " al-Mosiqa ", " Mad-o-Jazr ", et" Aduiyah Murakkaba ".
Il écrivit aussi un nombre considérable de monographies… sur les marées, les instruments astronomiques, les roches, les pierres précieuses… Il fut surtout un des premiers scientifiques arabes à s’intéresser aux travaux des grecs et à les traduire, mais cet aspect de son insatiable curiosité a largement été éclipsé par ses multiples recherches dans tous les domaines.
" Notre attitude, quels que soient les sujets abordés consiste à rappeler que nous devons d’abord examiner comment les anciens les ont traités. C’est le meilleur moyen d’en prendre vraiment connaissance et de pouvoir ainsi, soit les corriger, soit les adopter, soit aller plus loin dans les domaines où tout n’a pas encore été dit. "
Al-Kindi s’efforça courageusement et honnêtement de suivre ce précepte. Un exemple est là pour nous en convaincre. Il se montra très critique sur la façon dont le Grec Anthémius expliquait comment un miroir incendiaire fut utilisé pour mettre le feu à des bateaux pendant une bataille (mythique affaire du siège de Syracuse défendue par Archimède). Al-Kindi abandonna le coté anecdotique et spectaculaire de l’incident pour lui consacrer une approche bien plus scientifique.
" Anthénius ne devait pourtant pas avoir accepté l’information sans preuve. Il nous dit même comment construire un miroir à partir duquel 24 rayons sont réfléchis en un même point, mais il omet de nous expliquer comment déterminer le point où justement doivent se rassembler les rayons et ce à une distance bien précise de la surface du miroir (en fait le point où se situe le navire ennemi). C’est pourquoi nous avons cru utile, en fonction de ce que nous permettaient nos connaissances, de donner le moyen de déterminer/calculer cette distance. "
Une importante partie du travail d’al-Kindi reste encore à découvrir/explorer et son œuvre n’a fait l’objet que de recherches récentes.
Il mourut en 873 à Bagdad…