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Ibn Battuta
Il ne poursuivait pratiquement jamais sa route sans s’être auparavant pourvu de « recommandations » pour l’étape suivante.

mardi 31 août 2010, par La Rédaction

Le plus grand voyageur avant l’époque moderne fut assurément ibn Battuta. Au long de 29 ans, il voyagea à travers le monde connu, de l’Extrême Orient (Chine) à l’Extrême Occident (Afrique de l’Ouest) sur une distance totale estimée à 120 000 kilomètres ! Cela lui fit traverser des territoires qui correspondent aujourd’hui à 44 pays modernes ! Quand il eut achevé son périple épique, ses aventures furent consignées par un jeune disciple, Ibn Juzayy, dans un livre a intitulé le "Rihla" . Cet ouvrage représentait un travail de « mémoire » qui n’ambitionnait pas de présenter son itinéraire d’une manière chronologique et détaillée. Il s’agissait simplement d’une « succession de souvenirs », ainsi certaines des dates de ses voyages restent confuses et il est souvent bien difficile de retracer son itinéraire précis.
Shams al-Din Abu Abdallah Muhammad ibn Abdallah ibn Muhammad ibn Ibrahim ibn Muhammad ibn Ibrahim ibn Yusuf al-Lawati al-Tanji Ibn Battuta naquit à Tanger au Maroc en 1304 dans une famille de juristes islamiques. Après avoir passé sa jeunesse à étudier la loi coranique, il quitta la maison familiale en 1325 pour entreprendre le pèlerinage à La Mecque en Arabie. En cours de route, il visita l’Afrique du Nord, l’Egypte, la Palestine et la Syrie avant d’arriver à sa destination. Une fois son pèlerinage accompli, en 1326, Ibn Battuta parcourut l’Irak et la Perse. Puis il retourna à La Mecque en 1328 ou 1330, avant de poursuivre par la mer le long de la côte orientale de l’Afrique jusqu’en Tanzanie actuelle. Lors de son voyage de retour, il navigua en mer d’Oman et dans le Golfe Persique et revint par voie de terre à travers l’Arabie centrale jusqu’à La Mecque.
Autour des années1330 ou 1332, il décida de se rendre en Inde afin de se mettre au service du gouvernement du sultanat islamique de Delhi. Mais au lieu de s’y rendre par bateau, il préféra la route terrestre du nord qui le fit passer par l’Egypte et la Syrie, puis à travers l’Asie Mineure (Turquie). Il traversa alors la Mer Noire et voyagea en Asie Centrale. Il en profita pour faire un rapide crochet pour aller visiter Constantinople. Puis il reprit sa route à travers l’Asie Centrale, et ayant traversé successivement la Transoxiana, le Khurasan, et l’Afghanistan et descendu le fleuve Indus dans les années 1333 ou 1335 il arriva finalement à Delhi.
Ibn Battuta passa les huit années suivantes en Inde, où il travailla comme qadi, c’est à dire juge, dans le gouvernement du Sultan de Delhi. En 1341 il fut nommé par le Sultan pour conduire une mission diplomatique à la cour de l’Empereur Mongol de Chine. Malheureusement, sa mission tourna au désastre suite à un naufrage au large de la côte sud-ouest de l’Inde. Se retrouvant sans emploi et sans mission, il décida néanmoins de poursuivre seul son voyage. Il passa les deux années suivantes en pérégrinant en Inde du Sud, à Ceylan (Sry Lanka) et aux Maldives où il trouva un emploi provisoire de qadi.
En 1345, il se résolut à entreprendre son propre voyage jusqu’à l’Empire du Milieu. Voyageant par la mer, il visita le Bengale, la Birmanie, et Sumatra avant d’atteindre finalement Canton. Les détails de son séjour en Chine sont loin d’être clairs, mais ses déplacements se limitèrent probablement à la Chine méridionale.
En 1346-47, lors de son retour vers le Maroc, après avoir transité par l’Inde méridionale, le Golfe Persique, la Syrie et l’Egypte, il repassa encore par La Mecque. Après un dernier pèlerinage, il arriva à Fez en 1349. Mais il ne resta pas longtemps sédentaire. En 1350 il fit un court séjour au royaume musulman de Grenade dans la péninsule ibérienne, et en 1353 il réalisa un dernier grand voyage en caravane à travers le Sahara jusqu’au Mali en Afrique occidentale.
Il regagna définitivement le Maroc en 1355, où il resta jusqu'à sa mort en 1368.
Dans son récit, Ibn Battuta apporta une richesse de détails descriptifs au sujet des nombreux endroits qu’il avait visités. Bien qu’il ait surtout fréquenté les classes urbaines instruites et aisées, dans tous ses voyages, il nota de nombreux aspects de la vie quotidienne des populations rencontrées. Il parla de tout, depuis les cérémonies royales du Sultan de Delhi, jusqu’aux coutumes sociales des gens du commun dans les îles Maldives…et même jusqu’à la récolte de la noix de coco en Arabie méridionale.
Notons quand même que le « Rihla » révèle assez souvent le parti pris et parfois même l’intolérance de son narrateur. Toutefois, cela peut se comprendre dans la mesure où, en le dictant, Ibn Battuta cherchait avant tout à apporter la preuve de l’expansion et de l’implantation réussies de l’islam à travers le « monde entier ». D’où sa propension à développer le sujet et à enjoliver la situation quand il parlait de territoires soumis à l’islam (Dar al-islam) et à minimiser ou dénigrer là où les musulmans n’avaient pas encore réussi à s’installer. D’ailleurs, ce ne fut qu’exceptionnellement, voire à son « corps défendant » qu’il se risqua dans les régions où l’islam n’était pas encore parvenu ou n’avait pas réussi à s’imposer.
Nous ne pouvons bien sûr nous empêcher de dresser une rapide comparaison avec un autre grand voyageur du Moyen-Age : Marco Polo. Comparaison qui ne manque d’ailleurs pas d’intérêt. Bien plus que la différence des distances parcourues ou le nombre de pays traversés par les deux personnages, c’est surtout l’état d’esprit dans lequel chacun d’eux effectua son périple qui est révélateur.
Le jeune Marco Polo s’intéressa avant tout aux régions et coutumes inconnues de ses contemporains, notant en priorité tout ce qui était « nouveau » à ses yeux, tout ce qui le surprenait et tout ce qu’il ne comprenait pas.
Ibn Battuta, lui, veilla toujours à évoluer là où il était sûr de retrouver ses repères de musulman et surtout des gens qui « pensaient comme lui » et dont il pouvait compter sur l’hospitalité. D’ailleurs, il ne poursuivait pratiquement jamais sa route sans s’être auparavant pourvu de « recommandations » pour l’étape suivante.
En somme un Marco Polo « aventurier en quête d’inconnu » et un Ibn Battuta « visiteur des confins de son monde » !
Mais ce qui est sûr, c’est que l’un comme l’autre, ils ont accompli un exploit absolument exceptionnel qui mérite aujourd’hui encore toute notre admiration.