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"Gaza 2010", l’exposition explosive du musée d’Art moderne

mercredi 1er décembre 2010, par La Rédaction

Le ventre couturé d’un enfant de 10 ans ; des adolescents aux membres amputés, aveuglés par l’éclat d’un obus, couverts de traces de brûlures ; des encadrures de porte béant sur un morceau de désert. "Gaza 2010", du photographe allemand Kai Wiedenhöfer, secoue. Dans la salle où le musée d’Art moderne de Paris l’expose, tous les visiteurs ont, devant les clichés, le même visage crispé.
C’est raide et, comme tout document sur le conflit israélo-palestinien, facilement pris aux ronces des causes partisanes. Le dimanche 21 novembre, une poignée de manifestants réclament, tracts à la main, la fermeture de la salle. L’action est revendiquée, le lendemain, par la Ligue de défense juive, Europe Israël et le site drzz. Le but, selon Amnon Cohen, de la LDJ : "montrer un autre visage de Gaza, pour dénoncer une exposition purement idéologique". Le visage en question, reproduit sur les tracts : un photomontage de supermarchés, de plages et d’hôtels luxueux.
Le ton monte, ce jour-là, entre les manifestants et le personnel du musée, mais "reste courtois", selon le directeur du MAM, Fabrice Hergott. "Nous avons fermé la salle le reste de la journée et appelé la police, pour nous assurer qu’il n’y aurait pas de dégradations. Mais il n’y a pas eu de violences", précise-t-il.
À l’origine : la première édition, en 2009, du prix de photojournalisme de la Carmignac Gestion Fondation, qui choisit Gaza pour thème. Le jury, composé de plusieurs noms importants de la photographie et présidé par William Klein, récompense à l’unanimité Kai Wiendehöfer. Son travail est exposé au MAM dans le cadre d’un partenariat de mécénat entre le musée et la fondation. Insupportable pour le président du Crif, Richard Prasquier : "Je n’ai jamais, pour ma part, demandé la fermeture de l’exposition. Mais je proteste, c’est vrai, contre une exposition purement partisane. Il s’agit d’une distorsion de l’art qui n’a rien à faire dans un musée."
L’argument n’est pas neuf, et risque d’être souvent cité à une époque où, comme le rappelle Fabrice Hergott, les frontières entre photojournalisme et photographie d’art s’estompent. "Dans son travail, souligne le directeur du MAM, Kai Wiendenhöfer se réfère constamment à l’art, aux représentations picturales de la guerre, jusqu’aux portraits des gueules cassées de la Première Guerre mondiale. Et, devant ces photos, on ne se demande pas qui a causé ces ravages ni dans quel camp. On se dit simplement que c’est abominable." Une signification très bien comprise par la grande majorité du public, affirme le musée. N’empêche, depuis l’épisode du 21 novembre, une surveillance policière est assurée dans la salle.
L’épisode, peu banal dans le monde policé des musées, n’étonnerait pour finir qu’à moitié du MAM qui traverse, avec Gaza 2010, son quatrième coup de gros temps en quelques mois. En juin, cinq toiles de maître y étaient volées. Avaient suivi, en octobre, la polémique provoquée par l’interdiction aux mineurs de la rétrospective Larry Clark et la découverte, le mois dernier, de traces de feutre sur un tableau de Basquiat, abondamment médiatisée avant que les restaurateurs n’établissent qu’elles étaient antérieures à l’exposition parisienne. Difficile, certes. Mais presque bon signe, pour Fabrice Hergott. "L’art moderne aujourd’hui bouscule, interroge, ce n’était pas le cas il y a vingt ans, rappelle-t-il. Il se trouve impliqué dans tous les débats de société. Et c’est peut-être dans de tels cas que nous jouons pleinement notre rôle." (Par Marion Coquet)

Photo : Jamila Al-Habash, 16 ans, étudiante en seconde, originaire du quartier de Tufah, ville de Gaza

(Mercredi, 1er novembre 2010 - Avec les agences de presse)

Musée d’Art moderne de Paris
11 avenue du Président Wilson - 75116 Paris
Tél : 01 53 67 40 00
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h (fermeture des caisses à 17h15)
Nocturne le jeudi jusqu’à 22h (expositions uniquement, fermeture des caisses à 21h15)
Fermé les jours fériés
Le musée fermera à 17h les 24 et 31 décembre 2010 (fermeture des caisses à 16h15)

<FONT color=#ff0000 face=Arial>Pétition
Non au terrorisme de l’Etat d’Israël
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