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À Benghazi, les insurgés ne sombrent pas dans la panique

mardi 15 mars 2011, par Adrien Jaulmes

Depuis la fenêtre du premier étage du tribunal de Benghazi, la place du bord de mer est toujours animée comme aux premiers jours de la révolution. Même s’il y a moins de monde en semaine, on y croise toujours des gens avec les drapeaux noir blanc vert de la Libye pré-Kadhafi, devenu celui des insurgés. Les murs blancs de la vielle ville italienne au bord de la Méditerranée sont toujours couverts de slogans et de caricatures du dictateur comme si un monôme estudiantin était passé par-là, et les rues sont embouteillées de voitures.
Les seuls signes de nervosité dans la capitale de l’insurrection libyenne sont les fréquentes algarades entre jeunes gens et des tirs sporadiques qui résonnent jour et nuit, les deux pour des motifs tout aussi obscurs.
La progression des forces loyales à Kadhafi ces derniers jours dans le fond du golfe de Syrte n’a pas déclenché de panique. La reprise des terminaux pétroliers de Ras Lanouf en fin de semaine dernière, puis de Brega au cours du week-end aurait pourtant dû commencer à affoler la population de la capitale de la révolution libyenne.
« Nous nous sommes repliés, c’est vrai, mais c’est une manœuvre normale dans une guerre du désert », explique Moustapha Gheniani, l’un des porte-parole du Conseil national provisoire de transition. « Kadhafi ne dispose pas de beaucoup d’avions, et n’a que quelques milliers de soldats. Rien de suffisant pour tenir le terrain. Encore moins pour menacer Benghazi », dit-il. « Sa seule capacité est d’effrayer les gens avec ses raids aériens. C’est pour cela que nous avons besoin d’une zone d’exclusion aérienne. »
« Ses lignes de ravitaillement sont trop étendues. Il recherche un match nul. Et à montrer au monde qu’il reprend le contrôle la situation. Il a contrôlé ce pays pendant des années avec une poignée de fidèles, et une absence totale de scrupules. C’est ce qu’il fait encore », estime Moustapha Gheniani. « Mais il est fini. La seule question est de savoir combien de temps il va pouvoir encore tenir, et quels dégâts il va encore pouvoir commettre. »
Moustapha Gheniani continue à considérer Ajdabiya comme une position militaire. Même si sur le terrain, les quelques dispositions prises à l’entrée de la ville, avec de vieux blindés embossés en ligne autour d’une double arche métallique visible à des kilomètres à la ronde, parfait repère pour un réglage d’artillerie, ainsi que l’absence de seconde ligne ou d’obstacles antichars fait un peu douter du sérieux de l’affaire. Sans parler d’éventuelles défenses de Benghazi. « Les journalistes ne voient qu’une petite partie des choses », dit le porte-parole révolutionnaire. « Nous avons aussi des soldats entraînés, qui manœuvrent dans le désert. »
Le discours officiel de l’insurrection rappelle par son déni de la réalité ceux de Kadhafi. Tantôt promettant un bain de sang, tantôt niant tout soulèvement, Kadhafi, moins fou qu’il n’y paraît, ne fait que montrer sa détermination. Les insurgés lui répondent de la même façon.
Ce qui n’est pas totalement dépourvu de sens. Le succès ou l’échec de la révolte n’est pas une affaire de conquête militaire de kilomètres de désert, comme à l’époque où l’Afrikakorps de Rommel et les Britanniques faisaient le va-et-vient le long de la même route désertique, perdant d’un seul coup des centaines de kilomètres de sable avant de les regagner lors de l’offensive suivante. Mais plutôt de l’affrontement de deux volontés, celle du vieux dictateur prêt à tout pour conserver son pouvoir, et des révolutionnaires décidés à le renverser.
Malgré les morts, bien réels ceux-là, et l’importance de certains verrous stratégiques ou d’infrastructures pétrolières, l’issue de la révolution libyenne dépend avant tout de la capacité de l’un ou de l’autre camp à imposer sa vision de la réalité. Et à faire basculer les attentistes dans une lutte où le découragement est la seule véritable défaite.

(Adrien Jaulmes - Mardi, 15 mars 2011)

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