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La Syrie rejette l’idée d’une enquête internationale

mercredi 27 avril 2011, par La Rédaction

La Syrie est tout à fait capable de mener sa propre enquête, en toute transparence, sur la mort des manifestants antigouvernementaux et n’a pas besoin d’aide extérieure, a déclaré mardi l’ambassadeur de Syrie aux Nations unies.
Selon l’organisation syrienne de défense des droits de l’homme Saouasia, la répression des manifestations en faveur de la démocratie par les forces de sécurité a fait au moins 400 morts en un mois.
"La Syrie a un gouvernement, a un Etat", a dit aux journalistes Bachar Ja’afari devant le Conseil de sécurité de l’Onu dont les membres ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur un communiqué condamnant la répression des manifestations orchestrée par le gouvernement
syrien. "Nous pouvons mener une enquête nous-mêmes, en toute transparence, nous n’avons rien à cacher. Nous regrettons ce qui se passe actuellement mais vous devez convenir que ces troubles et ces émeutes, dans certains de leurs aspects, ont des intentions cachées", a-t-il déclaré, accusant certains gouvernements étrangers de tenter de déstabiliser la Syrie.
Prié de préciser le nom des pays soupçonnés par Damas d’être derrière le mouvement de contestation, Ja’afari a estimé qu’il était "trop tôt" pour donner des détails.
Un peu plus tôt, des témoins avaient rapporté que les forces de sécurité syriennes s’étaient déployées dans un faubourg de la périphérie de la capitale Damas et dans la ville de Banias.
Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki moon, a plaidé en faveur d’une enquête indépendante sur la mort de "manifestants pacifiques."
Le président syrien Bachar al Assad, qui a succédé en 2000 à son père Hafez, a donné l’ordre au gouvernement "d’établir une commission nationale d’enquête sur l’ensemble des victimes civiles", a fait savoir le diplomate. "Nous n’avons besoin de l’aide de personne", a-t-il dit.
S’exprimant après Ja’afari, l’ambassadrice américaine à l’Onu, Susan Rice, a réaffirmé que Washington envisageait des sanctions ciblées
contre Damas.
"La violence brutale employée par le gouvernement syrien contre son propre peuple est odieuse et lamentable", a-t-elle dit aux journalistes.
La situation en Syrie sera une nouvelle fois évoquée par les membres du Conseil de sécurité mercredi, a-t-elle ajouté.
Selon un diplomate en poste aux Nations unies, France, Allemagne, Grande-Bretagne et Portugal font circuler à New York un projet de déclaration demandant au Conseil de sécurité de condamner la politique intérieure syrienne.

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L’armée envoie des renforts à Deraa, au moins 6 morts

Des tirs étaient entendus dans la nuit de mardi à mercredi à Deraa , ville du sud de la Syrie où l’armée syrienne est entrée en force lundi et a ouvert le feu sur les habitants, poussant la communauté internationale à hausser le ton contre la répression de la contestation.

"De nouveaux renforts des forces de sécurité et de l’armée sont entrés à Deraa", a indiqué un militant des droits de l’Homme, Abdallah Abazid, joint par téléphone par l’AFP. Il a fait état de "tirs contre les habitants" de cette ville située à 100 km au sud de Damas. Selon lui, "au moins six martyrs" ont été tués mardi, dont l’imam d’une mosquée.

"Des chars sont postés et des barrages installés aux entrées de la ville", empêchant les gens de pénétrer à Deraa, a ajouté le militant.

Il a indiqué par ailleurs que "des tirs d’armes intensifs étaient entendus" dans la nuit de mardi à mercredi à Deraa.

Selon lui, des soldats ont fait défection et font face à l’armée qui encercle Deraa, où est né le mouvement de contestation le 15 mars.

Le régime du président Bachar el-Assad semble avoir opté pour la solution militaire afin d’écraser le mouvement de contestation sans précédent qui secoue le pays depuis six semaines.

L’armée a chassé "les groupes armés extrémistes" qui ont "attaqué des positions militaires et coupé des routes" à Deraa et dans sa province, a affirmé l’agence officielle Sanaa, faisant état de "trois morts et 15 blessés" dans les rangs des forces de sécurité et de l’armée.

Selon des militants des droits de l’Homme, au moins 25 personnes ont été tuées lundi dans le pilonnage de Deraa, où les forces de sécurité avaient pénétré avant l’aube, appuyées par des chars et des blindés.

"Des chars circulent à Deraa, des hommes armés font des descentes dans des maisons et tuent les hommes (...). C’est un massacre", a déclaré un Syrien bloqué au poste de Ramtha, à la frontière entre la Jordanie et la Syrie.

Une figure de la contestation à Banias, cheikh Anas Aïrout, a dit craindre un assaut similaire contre cette ville du nord-ouest, où des milliers de personnes, selon lui, ont défilé en journée pour les libertés.

A Douma, à 15 km au nord de Damas, un témoin a fait état mardi d’un déploiement "dans tous les quartiers" d’agents des forces de sécurité qui "contrôlent l’identité des gens dans les rues".

La cité ressemble à "une ville fantôme, tous les commerces sont fermés, ainsi que les institutions publiques" a-t-il indiqué.

Un témoin avait parlé lundi d’opérations des forces de l’ordre et d’une situation "dramatique" dans cette ville, théâtre de violences meurtrières vendredi et samedi.

L’Organisation syrienne des droits de l’Homme (Sawassiya) a fait état mardi d’"au moins 400 personnes" tuées par les forces de sécurité depuis le déclenchement de la "révolution". Elle a réclamé la tenue "rapide" d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU "pour faire cesser l’effusion de sang".

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a fait part de son "inquiétude croissante" concernant la répression sanglante menée contre les manifestants en Syrie, en particulier l’utilisation de chars et de tirs à balles réelles par les forces armées.

"Les autorités syriennes ont l’obligation de protéger" les civils, a déclaré M. Ban à des journalistes à New York, au moment où le Conseil de sécurité tenait des consultations formelles sur une déclaration condamnant les violences en Syrie.

Les Etats-Unis ont annoncé que "pour le moment" ils entendaient s’en tenir à une réponse diplomatique et à d’éventuelles sanctions.

Plus tôt, le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi a indiqué à l’issue d’un sommet franco-italien que Rome et Paris étaient "préoccupés" par la situation et avaient appelé le régime du président Bachar al-Assad à "arrêter la répression violente".

"On n’envoie pas des chars, l’armée face à des manifestants, la brutalité est inacceptable", a renchéri Nicolas Sarkozy. Mais le président français, dont le pays a été à la pointe de l’intervention internationale en Libye, a exclu une intervention militaire en Syrie sans une résolution préalable du Conseil de sécurité.

Le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague a assuré travailler avec ses partenaires européens sur la "possibilité de mesures supplémentaires".

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, dont le pays entretient d’étroites relations avec la Syrie, a appelé le président Assad à avancer sur la voie des réformes.

Les événements en Libye et en Syrie "vont rendre le combat (antiterroriste, ndlr) dans l’avenir immédiat beaucoup plus difficile", a pronostiqué mardi l’ancien directeur de la CIA, Michael Hayden, même si la vague de protestations dans le monde arabe pourrait, selon lui, s’avérer positive pour les Etats-Unis sur le long terme en rendant le prosélytisme d’Al-Qaïda moins efficace.

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L’Europe exhorte la Syrie à cesser la répression

Plusieurs pays européens ont exhorté la Syrie à cesser de répondre par la violence aux manifestations en faveur de la démocratie, mardi, après l’envoi de chars dans la ville de Deraa, berceau de la contestation contre le président Bachar el-Assad. "Nous adressons ensemble un appel aux autorités de Damas pour que la répression violente prenne fin", ont fait savoir le président du Conseil italien Silvio Berlusconi et le président français Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse conjointe à Rome.

Les critiques internationales visant la riposte de Damas aux manifestations ont d’abord été timides, mais elles sont montées d’un cran après la mort de 100 protestataires vendredi et la décision d’Assad de donner l’assaut à Deraa, qui rappelait la répression d’une révolte islamiste par son père en 1982 à Hama. Les forces de sécurité syriennes se sont déployées mardi autour de la ville côtière de Banias, en vue d’une opération possible contre des manifestants, dont 2 000 à 3 000 scandaient des slogans pour le renversement du régime, a rapporté un militant. Plus de 2 000 policiers en tenue de combat ont également pris position à Douma, faubourg du nord de Damas, avec des camions équipés de mitrailleuses lourdes, a rapporté un témoin. Les forces de sécurité avaient commencé lundi à se déployer dans ce faubourg et celui de Mouadhami, selon des militants.

À Londres, le secrétaire au Foreign Office William Hague a déclaré aux Communes que la Grande-Bretagne s’emploierait avec d’autres pays à réclamer l’adoption de sanctions contre les dirigeants syriens s’ils s’obstinaient dans la violence. Selon un diplomate en poste aux Nations unies, France, Allemagne, Grande-Bretagne et Portugal font circuler à New York un projet de déclaration demandant au Conseil de sécurité de condamner la politique intérieure syrienne. Les États-Unis ont aussi condamné lundi le recours de Damas à la force, mais William Hague a noté qu’il serait difficile à l’heure actuelle d’obtenir une résolution de l’ONU condamnant sans réserve les initiatives syriennes. Il a néanmoins jugé possible que cela change si la répression se prolongeait.

Uri Rosenthal, chef de la diplomatie néerlandaise, a proposé mardi que l’Union européenne suspende son aide à Damas et impose à ses dirigeants un embargo commercial ainsi que des sanctions. En Turquie, des représentants de l’opposition syrienne ont sollicité un soutien international. "S’ils veulent nous aider, nos amis d’Occident, de Turquie, du monde arabe (...) peuvent le faire en (...) faisant pression le plus nettement possible sur le régime syrien pour qu’il cesse de frapper les civils", a dit à Reuters Anas Abdah, président du Mouvement pour la justice et le développement basé à Londres.

Les pays arabes, prompts à critiquer la répression des insurgés en Libye, ont gardé le silence sur la Syrie alors que le bilan de plus de cinq semaines de troubles y dépasse 400 morts, selon l’organisation syrienne des droits de l’homme Saouassiah.

Saouassiah a rapporté mardi que 500 sympathisants du mouvement pro-démocratie avaient été arrêtés dans l’ensemble du pays ces deux derniers jours. L’ONG a ajouté que 20 personnes avaient été tuées à Deraa, deux autres à Douma et une dans un autre fabourg de Damas. Amnesty International, citant des sources à Deraa, a fait état d’au moins 23 personnes tuées dans la ville. "Le régime a choisi le recours à une violence excessive. Cela a marché en 1982, mais rien ne garantit que cela marchera à nouveau à l’époque d’Internet et des caméras intégrées aux téléphones portables", note un diplomate. Environ 30 000 personnes avaient été tuées à Hama en 1982. Pour Ali Al Atassi, militant dont le père a été détenu pendant 22 ans sous le régime de Hafez el-Assad, un "autre Hama" est impossible : "Ce régime ne comprend pas que le monde a changé, que la région arabe a changé et que le peuple syrien a changé", dit-il.

Jeudi dernier, Assad a levé l’état d’urgence en vigueur depuis 48 ans. Mais le lendemain, une centaine de manifestants étaient tués à travers le pays. Selon des habitants de Deraa, des coups de feu et des tirs d’artillerie ont encore retenti mardi dans cette ville où les lignes téléphoniques, l’électricité et l’eau sont coupées. Un habitant, communiquant par téléphone satellite, a dit que 300 jeunes avaient néanmoins pu manifester dans un quartier de la ville, des soldats postés à proximité ayant déposé leurs armes pour indiquer qu’ils ne tireraient pas.

(Mercredi, 27 avril 2011 - Avec les agences de presse)

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