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Yémen : "Saleh cherche une sortie plus digne que Moubarak et Ben Ali"

mercredi 27 avril 2011, par La Rédaction

François Burgat est chercheur au CNRS et ancien directeur du Centre français d’archéologie et de sciences sociales de Sanaa (CEFAS). Il pense que le président Saleh tiendra sa promesse de partir et que l’opposition sera en mesure de prendre la relève.

Que prévoit le plan des monarchies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ?
François Burgat : C’est une étape importante qui est a priori crédible. Aux termes de cet accord qui pourrait être signé mercredi à Ryad, mais dont le principe a déjà été accepté par le Congrès général du peuple (le parti du président), Ali Abdallah Saleh démissionnerait dans un délai de trente jours après la formation d’un gouvernement d’union nationale. Il obtiendrait en contrepartie une garantie d’impunité et, grâce à ce délai, l’occasion d’une sortie plus digne que celle de ses homologues tunisien ou égyptien partis sous la pression directe de la rue. Il n’a probablement pas envie de perdre le pouvoir dans les mêmes conditions que Hosni Moubarak et Zine El-Abidine Ben Ali.
Il est donc raisonnable de penser qu’il tiendra sa promesse, d’autant plus que, pour l’instant, une grande partie de la rue n’accepte pas le plan et n’a montré aucune scène de liesse. La rue va rester mobilisée. Et ce sommet devrait donner à beaucoup de yéménites ce qu’ils attendent : le départ du président.

Comment l’opposition va-t-elle organiser l’après-Saleh ?
On considère à tort ce pays comme particulièrement traditionnel voire archaïque. Ainsi, à la différence de presque tous les pays de la région, il existe depuis près de vingt ans une opposition parlementaire qui intègre les forces politiques réelles. Contrairement aux pays d’Afrique du Nord, elle intégrait même les islamistes, un temps associés au pouvoir avant de retourner dans l’opposition. Depuis 2006, la coalition en lutte contre le parti du président et, depuis quelques mois, contre son régime, est en fait le fruit d’une alliance entre les socialistes (héritiers du régime du Sud, avant l’unification de 1990) et les islamistes du parti Al-Islah.
Cela veut dire que ce front d’opposition – qui cautionne aujourd’hui le plan de relève proposé par le Conseil de coopération du Golfe – a un ancrage solide dans le pays et donc une certaine crédibilité à jouer un rôle responsable dans la phase de transition. Mais demain, ces forces politiques devront démontrer leur capacités non seulement à se partager le pouvoir entre elles, mais également à ménager au parti du président une place politique suffisamment raisonnable pour qu’il accepte de partir.

Quels sont les obstacles à une transition démocratique et pacifique après le départ éventuel du président Saleh ?
Les défis restent immenses, plus économiques et sociaux qu’idéologiques ou religieux. Ajoutons tout de même deux foyers de tensions très spécifiques au Yémen. Le premier est le conflit qui déchire le Nord. Depuis 2004, ceux qu’on appelle à tort la "rébellion chiite" (alors que le président Saleh est tout aussi chiite) critiquent les concessions faites aux Etats-Unis au lendemain du 11-Septembre.
L’autre fracture qui participe de la configuration de la révolte contre le pouvoir de Sanaa est l’héritage de la seconde guerre civile intervenue quatre ans après la réunification du pays en juillet 1994. Le "petit" Sud (alors 3 millions d’habitants) n’a jamais accepté la brutale défaite militaire infligée par le Nord (alors 12 millions).
Le régime autoritaire du président Saleh a sciemment entretenu et instrumentalisé ces deux crises pour se crédibiliser plutôt que chercher une réponse politique rationnelle. Depuis son succès dans la guerre civile, le président Saleh a également pris toutes les mauvaises habitudes de ses homologues arabes : le clientélisme et la répression sont devenus progressivement plus importants que la représentativité des institutions. Aujourd’hui, la démarche pacifique de l’immense majorité des manifestants a démontré une grande maturité politique de "la rue". Tout n’est donc pas noir dans le paysage de la transition qui pourrait s’ouvrir dans les jours à venir.

(Propos recueillis par Paul Larrouturou - Le Monde du 26 avril 2011)

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