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Manifestations réprimées à Tunis : excuses du ministère de l’Intérieur

samedi 7 mai 2011, par La Rédaction

Le ministère tunisien de l’Intérieur a promis une enquête vendredi après que la police eut réprimé des défilés anti-gouvernementaux à Tunis, frappant journalistes et manifestants dans un rare accès de brutalité de l’après Ben Ali.
Quinze journalistes travaillant pour des médias internationaux et tunisiens ont été brutalisés par des policiers lors de la couverture de manifestations jeudi et vendredi dans la capitale, selon le syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).
Ces violences contre des journalistes étaient inédites en Tunisie depuis le 14 janvier, date de la chute du président Zine El Abidine Ben Ali.
Le ministère de l’Intérieur a présenté dans un communiqué ses excuses "aux journalistes et aux citoyens agressés involontairement", affirmant son "respect pour le travail journalistique".
Il a également affirmé son respect "pour le droit de chaque citoyen tunisien à manifester pacifiquement", ajoutant qu’"une enquête sera ouverte pour déterminer les responsabilités pour ces débordements"
Les forces de l’ordre tunisiennes ont violemment dispersé vendredi à Tunis environ 200 manifestants, majoritairement des jeunes, qui réclamaient la "démission" du gouvernement transitoire et "une nouvelle révolution".
Du côté des forces de l’ordre, une source au ministère de l’Intérieur a déclaré que quatre policiers avaient été blessés, dont un grièvement, lors de la manifestation de vendredi.
Jeudi, environ 300 manifestants avaient été dispersés par la police à Tunis où les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes et procédé à des arrestations parfois très musclées.
Des internautes mobilisés sur Facebook avaient appelé à la tenue d’une manifestation de soutien à l’ancien ministre tunisien de l’Intérieur Farhat Rajhi, qui a suscité un vif émoi en dénonçant la préparation d’un "coup d’Etat militaire" en cas de victoire des islamistes aux élections prévues le 24 juillet d’une assemblée constituante.
Le ministère tunisien de la Défense a dénoncé ces déclarations.
"Ces propos représentent un grand danger pour la révolution du peuple tunisien et pour la sécurité du pays actuelle et future", a indiqué le ministère dans un communiqué, cité par l’agence officielle TAP.
Selon le SJNT, la répression des manifestations a pour but de "verrouiller les médias et de priver l’opinion publique des réalités" en Tunisie. Le syndicat met en garde contre les menaces "de faire retourner le pays sous l’oppression" de l’ancien régime.
L’organisation de défense des journalistes, Reporters sans Frontières (RSF) a aussi dénoncé ces violences et demandé au gouvernement de transition "d’ouvrir une enquête sur ces incidents et de donner des instructions claires aux forces de l’ordre afin que de telles pratiques cessent".

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Fillon aux Tunisiens : "la générosité" de la France "n’est pas inépuisable"
Le Premier ministre français François Fillon a justifié vendredi la politique de fermeté menée à l’égard des migrants tunisiens, en affirmant que son gouvernement devait "faire respecter les lois" et que "la générosité" de la France n’était "pas inépuisable".
"Je dis calmement et fermement, en étant empreint des convictions humanistes qui sont à l’origine de mon engagement en politique, que le gouvernement a le devoir de faire respecter les lois de la République", a déclaré M. Fillon à Toul (est).
"Ceci est valable pour ces milliers de Tunisiens qui se tournent vers notre pays alors même que la jeune démocratie tunisienne a besoin d’eux. Je mesure leur détresse (...) mais la France a des lois et la générosité de notre pays n’est pas inépuisable", a-t-il ajouté.
Vendredi, plusieurs dizaines d’élus, responsables syndicaux et d’associations ont appelé le gouvernement français à "cesser les interventions policières" contre les migrants tunisiens et à apporter "une réponse digne et responsable à la question tunisienne".
De son côté, l’opposant tunisien Mustafa Ben Jaafar est venu à Paris pour remettre une lettre au président Nicolas Sarkozy, dénonçant le "traitement indigne" réservé aux migrants tunisiens.
Depuis la fuite du président Ben Ali en janvier, plus de 20.000 Tunisiens ont gagné l’île italienne de Lampedusa pour se rendre, pour la plupart, en France. Mais Paris a adopté une politique de fermeté vis-à-vis de ces migrants, multipliant depuis deux semaines les opérations policières et les reconduites aux frontières.
Une centaine de personnes, majoritairement des Tunisiens arrivés d’Italie, ont été placées en garde à vue pour infraction à la législation sur le séjour mercredi, après leur évacuation d’un immeuble insalubre qu’ils occupaient à Paris.

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La Révolution tunisienne invitée à Cannes avec le film "Plus jamais peur"
Tirs de lacrymogènes, hymne national scandé à la face des policiers de Ben Ali, images d’un peuple se libérant de 23 ans de régime autoritaire : les moments forts de la révolution tunisienne vont être projetés au festival de Cannes, rompant avec onze ans d’absence du cinéma tunisien sur la Croisette.
"Plus jamais peur", documentaire de 74 minutes, a été tourné en HVD (disque holographique) "dans l’urgence des moments" qui ont entouré l’effondrement du régime du président Zine El Abidine Ben Ali, le 14 janvier, explique à l’AFP le réalisateur du film Mourad Cheikh.
Auteur de plusieurs courts métrages dont "le Pâtre des étoiles" (2003), Mourad Cheikh exerce sa profession entre la Tunisie et l’Italie, et n’en revient toujours pas d’aller à Cannes.
"C’était inattendu, on avait envoyé une copie du film à Cannes, on avait travaillé comme des fous, ils avaient d’abord répondu qu’on n’était pas sélectionnés puis un soir un des assistants (du festival) nous a annoncé qu’on l’était".
Multipliant les préparatifs de dernière minute avant la projection de "Plus jamais peur" dans la série film-documentaire le 20 mai sur la Croisette, Mourad explique avoir choisi ce titre car c’est "un slogan qui a surgi sur les murs de Tunis pendant la révolution".
"Ce slogan colle à ce qui s’est passé car c’est le mur de la peur qui s’est effondré", ajoute-t-il, soulignant à quel point "le pouvoir de Ben Ali avait peur de toute manifestation, y compris pendant les matchs de foot".
Le tournage du film a démarré sur l’avenue Habib Bourguiba à Tunis, épicentre de la révolte des Tunisiens. "J’avais des +snipers+ dans l’immeuble, c’était une urgence pour moi, il fallait tourner, la police, les gens qui couraient après des tirs lacrymogènes".
Trois personnages emblématiques traversent le film : l’avocate réputée Radhia Nasraoui, la blogueuse Lina Ben Mhenni et un Tunisien ordinaire qui incarne selon Mourad Cheikh, l’homme du quartier qui "comme d’autres ont défendu leurs quartiers contre les pilleurs et les snipers".
Un des personnages qui dit être "malade de sa Tunisie" lance la réplique phare du film : "Cette révolution n’est pas le fruit de la misère, mais plutôt le cri de désespoir d’une génération de diplômés. Ce n’est, ni la révolution du pain, ni celle du jasmin... Le jasmin ne sied pas aux morts, il ne sied pas aux martyrs. Cette révolution est celle du dévouement d’un peuple... Plus jamais on n’aura peur !".
Cette réflexion, selon le réalisateur, incarne l’état d’esprit "des jeunes qui ont fait la première révolution de l’ère virtuelle et celui des plus âgés qui n’ont jamais cessé de braver la peur pour résister" à la dictature.
Pour le producteur du film, Habib Attia, la projection du film à Cannes ouvre l’espoir d’une "distribution sur le marché européen et des pays du Golfe", ajoutant que le film tourné en arabe a été sous-titré en français et en anglais.
Mourad, lui, évoque deux images fortes qui "restent gravées dans sa mémoire".
La première, "deux jeunes policiers devant le cordon qui devait interdire l’accès de l’avenue Bourguiba aux manifestants".
"Devant la foule qui chantait l’hymne national, ces deux jeunes ont commencé à pleurer, ils ont compris que leur place était avec les manifestants. Cette image je la vis à tout instant, leurs larmes ont déclenché les miennes".
Ensuite, "j’ai vraiment pleuré", dit-il, quand "une amie m’a rapporté les dernières paroles d’un jeune blessé par balle + Je ne vais pas mourir et si je meurs je ne vais pas partir avant qu’il (Ben Ali) ne parte +".
Le jeune homme est mort et Ben Ali a fui en Arabie Saoudite.

(Samedi, 07 mai 2011 - Avec les agences de presse)

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