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Construire l’unité palestinienne et réformer l’OLP

mardi 27 janvier 2009, par Samah Jabr

Dans un contexte marqué par une insécurité générale et une escalade des tensions entre le le Fatah et le gouvernement conduit par le Hamas, des affrontements armés se sont à nouveau produits après la condamnation par un des responsables politiques du Hamas en exil, Khalid Misha’al, du veto prononcé par Abbas contre la nouvelle force de sécurité dans la Bande de Gaza. Cette nouvelle unité, composée de centaines de volontaires doit épauler les forces de sécurité dominées par le Fatah pour mettre fin au chaos et aux actions illégales dans les territoires palestiniens.

Un combattant connu de la résistance, Jamal Abu Samhadana, chef des Comités Populaires de Résistance (CPR) a été désigné par le ministre palestinien de l’Intérieur pour diriger cette nouvelle unité.

Misha’al a aussi fait allusion à certains Palestiniens impliqués dans la campagne occidentale pour isoler le gouvernement palestinien, rappelant que le gouvernement s’est vu privé de ses responsabilités sur les corps de sécurité et les frontières comme sur d’autres questions mais qu’il était mis cependant dans l’obligation de verser les salaires.

Mais les Etats-Unis et Israël ferment toutes les portes pour empêcher l’argent d’arriver en Palestine ; des diplomates occidentaux et des fonctionnaires palestiniens ont fait savoir que beaucoup de banques régionales et internationales étaient sous pression américaine pour que les donateurs ne puissent transférer de l’argent à l’Autorité Palestinienne sous responsabilité du Hamas, et que l’administration américaine pouvait prendre des mesures de rétorsion contre les institutions financières qui aideraient à fournir des fonds ou des services directement au nouveau gouvernement.

Cette situation déplorable fait plus que jamais regretter aux Palestiniens l’échec des partis politiques palestiniens à trouver un accord pour former un gouvernement d’unité nationale, même si nous comprenons la position du mouvement Hamas.

Après n’avoir ménagé aucun effort pour trouver un arrangement permettant de former ce gouvernement d’unité nationale, aucune autre organisation n’a voulu en faire partie, et le nouveau premier ministre palestinien, Ismail Haniyyeh a formé un cabinet composé de 24 ministres sortis des rangs du Hamas ou nommés comme experts.

Le Hamas a présenté son cabinet à Mahmoud Abbas, président de l’Autorité Palestinienne et chef de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), qui l’a ensuite soumis au comité exécutif de cette organisation, laquelle n’a pas manqué d’opposer un refus autant au cabinet formé par le Hamas qu’à son programme. Le prétexte invoqué concerne « le refus du Hamas de reconnaître la suprématie de l’OLP », cet argument étant également utilisé par les autres factions palestiniennes telles le Fatah et le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) pour refuser de participer de se joindre à une coalition gouvernementale avec le Hamas malgré deux mois de négociations. Le comité exécutif de l’OLP a demandé au Hamas de modifier ses objectifs et de changer son programme de gouvernement.

La décision du comité exécutif de l’OLP est inacceptable d’un point de vue légal et aurait pu provoquer une crise constitutionnelle : le parlement palestinien est la seule autorité légalement habilitée à décider concernant le programme du gouvernement. Il n’y a aucun article dans la constitution palestinienne qui requière l’approbation de l’OLP ni d’aucun de ses représentants ou institutions. Le cabinet ministériel peut directement être mis en place par le Premier Ministre nommé par le parlement. De plus, il est assez curieux de voir le Fatah dont le programme a été désavoué dans les urnes, demander au Hamas d’abandonner le programme sur lequel il a justement été élu, et il est naturel que le Hamas s’y refuse.

Fondée en 1964, l’OLP a chapeauté au niveau international d’importantes organisations politiques palestiniennes, dont les Palestiniens des territoires occupés et les Palestiniens de la Diaspora disséminés sur tout le globe. Au niveau international, l’OLP est considérée comme le représentant légitime du peuple Palestinien et dispose dun siège en tant qu’observateur permanent à l’assemblée générale des Nations Unies.

Lors de la réunion du Congrès National Palestinien en 1969, le Fatah a gagné le contrôle des organes exécutifs de l’OLP et à partir de cette date l’OLP a été dirigée pendant 30 ans par Yasser Arafat. Le Fatah était la fraction la plus puissante de l’organisation et a fréquemment usé de moyens anti-démocratiques pour contrôler le processus de décision de l’OLP. L’OLP est signataire des accords intérimaires de paix avec Israël, bien que plusieurs factions y étaient opposées. L’OLP n’était reconnue ni par les Etats-Unis ni par Israël jusqu’à ce qu’elle ait dénoncé ses principes, modifié sa charte et en résumé cessé d’être elle-même. La reconnaissance américaine a minimisé le rôle de l’OLP et a mis fin à son rôle historique.

L’acceptation du cabinet ministériel palestinien par l’OLP et son comité exécutif n’est ni necéssaire ni valide. Le comité exécutif est sensé être élu par le Congrès National Palestinien, le CNP, et pour deux mandats successifs maximum. Les représentants de l’OLP sont normalement élus sur la base de la représentativité de leurs organisations dans la société palestinienne. Mais le comité qui il y a un mois a rejeté le nouveau cabinet aurait dû cesser d’exister il y a près de 20 ans ; la dernière fois que le CNP s’est réuni, c’était il y a 10 ans dans la ville de Gaza, et c’était pour changer la charte palestinienne.

Durant ces longues années, beaucoup de membres du CNP et du comité exécutif ont disparu, dont son président Yasser Arafat ; de plus l’arc en ciel politique en Palestine a changé de façon importante ; plusieurs des organisations encore représentées dans l’OLP se sont dissoutes tandis que d’autres plus populaires comme le Hamas et le Jihad Islamique n’y sont pas du tout réprésentées. L’OLP d’aujourd’hui, avec tous ses membres, comités et institutions est dépassée, superflue et sans pouvoir, déchirée par les disputes entre les chefs des différentes cercles politiques. L’OLP a perdu sa capacité attractive et beaucoup de sa crédibilité. L’OLP d’aujourd’hui ressemble à un cimetière plein d’ombres et rempli des squelettes de ceux qui ont contrôlé avec zèle les prises de décision et monopolisé l’activité politique comme dans un one-man show.

Certains membres du comité ont menacé d’utiliser « les pouvoirs constitutionnels et le droit de veto » d’Abbas contre la formation d’un nouveau gouvernement formé par le Hamas et contre ses futures décisions - au cas où il arriverait malgré tout à se former - s’il refusait d’amender son programme politique. Ceci a l’apparence de la légalité, mais c’est antidémocratique puisque cela reviendrait à s’opposer à la volonté de la majorité des Palestiniens qui ont voté pour le mouvement islamique lors des récentes élections.

Il est très décevant qu’Abbas ait tenu à présenter le nouveau cabinet ministériel au comité exécutif qu’il dirige et dont il connaît très bien les défauts. Il fut un temps où les affaires politiques palestiniennes étaient dirigées par des patriarches, des gens âgés et des intrigants. Les anciens spectacles et stratagèmes claniques n’ont plus cours. Il serait malheureux que l’on ne retienne de l’ancienne Autorité Palestinienne que la corruption et les injustices ; seuls le professionnalisme et la loi constitutionnelle doivent prévaloir.

Le Hamas ne nie pas le rôle de l’OLP mais refuse de considérer cette organisation comme la seule représentante du peuple palestinien, surtout dans sa composition actuelle. Le Hamas a fait connaître de façon répétée sa disposition à intégrer l’OLP en même temps que serait mis en place un fonctionnement démocratique.

Tout Palestinien patriote ne devrait pas gêner la formation d’un nouveau cabinet ministériel légitime basé sur une majorité parlementaire et qui exercerait ses devoirs en accord avec la constitution dans le cadre de principes démocratiques et référendaires. Le Hamas a spécifié dans son premier programme que la décision de reconnaître ou non Israël reviendrait au peuple palestinien, et non à tel ou tel groupe ou parti politique ; toute tentative d’imposer cette reconnaissance au nouveau gouvernement reviendrait à s’opposer à la volonté populaire.

Quelle tristesse pour les Palestiniens que nous ayons été incapables de mettre en place un gouvernement d’unité nationale et que nous n’ayons su trouver un terrain commun afin d’éviter la paralysie et la violence. Ces tactiques sont délibérées de façon à rendre plus difficile au Hamas la tâche de gouverner et pour relayer les efforts israéliens et américains pour isoler le gouvernement formé par le mouvement de la résistance islamique. Le programme du nouveau gouvernement présente un engagement moral (ce qui est très important pour délégitimiser l’occupation), du pragmatisme en même temps qu’une vision stratégique en déclarant que la résistance comme les négociations « sont des moyens et non des fins en soi ».

[...] Un mouvement de libération national, comme l’African National Congress (ANC) et le Front de Libération Nationale Algérien (FLNA), est certainement plus efficace dans n’importe quel combat politique. L’OLP est importante pour chaque Palestinien, mais elle ne sera pas la seule représentante unique jusqu’à ce qu’elle se mette en phase avec le moment présent de l’histoire de la Palestine et abandonne son mode patriarcal de gouvernement au profit d’un fonctionnement plus démocratique et pluraliste. Une fois ressuscitée et développée, l’OLP pourrait devenir la dynamo qui donnerait l’élan nécessaire à la lutte politique et aux activités de toutes les organisations palestiniennes avec pour objectif la libération nationale.

La visite du ministre palestinien des affaires étrangères [Mahmoud al-Zahar] à Amman a été récemment annulée suite aux accusations portées contre le Hamas qui aurait planifié des activités armées en Jordanie. Mahmoud al-Zahar a également été reçu froidement au Caire (qui par contre a envoyé une invitation au premier misnitre israélien suite à son élection). Le Hamas a aussi été exclu du dernier sommet des pays arabes à al-Khartoum. On pense que les ambassades des Etats-Unis dans la région ont contacté les ministres arabes des affaires étrangères pour imposer qu’il n’y ait pas de délégation du Hamas. De plus, certaines ex-figures de l’Autorité Palestinienne tentent de maintenir une aide financière à condition que celle-ci passe par leurs propres canaux.

Les efforts des régimes arabes pour miner le gouvernement palestinien démocratiquement élu et abandonner une lutte légitime sans la moindre trace de vision morale ou stratégique est insupportable pour leurs nations comme pour les Palestiniens. Les efforts pour abattre le nouveau gouvernement palestinien n’ont de cesse ; le nouveau parlement a réussi à dégager un vote de confiance au nouveau cabinet, écartant les réserves présidentielles sur le refus du Hamas de reconnaître Israël et d’endosser les accords temporaires [...].

Abbas peut adopter une autre attitude, aujourd’hui plus que jamais et au moins vis-à-vis des Palestiniens. Il peut exprimer ses récriminations, mais il ne devrait alors pas faire obstruction au droit du parlement de décider sur le cabinet ministériel. A définitive, il gagnerait l’estime populaire s’il laissait de côté les objectifs de son parti [le Fatah] qui sont de pousser à l’échec le gouvernement du Hamas et en fin de compte d’affaiblir la décision démocratique du parlement.

Samah Jabr est médecin et réside de longue date à Jérusalem

Mai 2006 - article paru dans le Palestine Times.

Traduction : Claude Zurbach

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