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La Musique (23/30)

dimanche 24 juillet 2011, par La Rédaction

Photo : Maqâm Rast

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À la différence de la musique occidentale dans laquelle se sont développés l'art de la polyphonie et de l'harmonie, la musique arabe est ancrée sur la monodie où la mélodie est homophonique (une seule note jouée à la fois) et construite sur un système extrêmement riche de modes mélodiques, appelés maqâms. Elle requiert aussi une pédale de basse ou un bourdon, afin d'asseoir sa tonalité. Toutefois, à l'inverse de la musique indienne, cette base peut varier, et la musique arabe est par conséquent, extrêmement modulante. Les ouvrages arabes anciens sur la musique ont recensé jusqu'à 400 maqamat, dont trente au moins demeurent pratiqués.

Inspirés de l'échelle des sons et des intervalles de la musique grecque ancienne, les modes furent adaptés à la musique arabe. Ils reposent sur des intervalles de tierces (tricordes), quartes (tétracordes) et quintes (pentacordes), et reflètent la diversité des cultures rencontrées pendant l'expansion de l’Islam.

La musique arabe n'utilise pas, comme la musique occidentale, la gamme tempérée, mais la gamme naturelle, qui permet une interprétation toute différente de l'échelle des sons à l'intérieur d'une octave, et de leurs rapports (les intervalles). En conséquence, certains intervalles dans ces modes sont inférieurs au demi-ton occidental : le plus courant d'entre eux représente trois quarts de ton, mais l'on rencontre des intervalles d'un neuvième, de quatre neuvièmes et de cinq neuvièmes de ton. Si, dans la musique moderne, le monde arabe a souvent adopté le mode de notation occidental, le terme « gamme » est inapproprié, puisqu'il couvre théoriquement une octave, et que la musique arabe est construite sur des modes inférieurs à l'octave.

Les intervalles inférieurs au demi-ton sont nommés limma (1/3 de ton) et comma (1/9 de ton). Mais le plus utilisé est le 1/4 de ton. Les altérations utilisées pour indiquer les 1/4 de ton sont le « demi-bémol » et le « demi-dièse ». Pour noter ces intervalles inconnus dans la musique occidentale, on utilisait autrefois le bémol inversé (comme un d). Aujourd'hui on utilise le bémol barré.

Une autre particularité de cette musique, apportée par un art vocal très sophistiqué (résultant du système modal et de ces micro-intervalles), réside dans l'ornementation des lignes mélodiques homophoniques (les instruments sont alors utilisés à l'unisson ou à l'octave). Trille, glissando et autres variations rythmiques et mélodiques constituent une ornementation continue et souvent complexe.

Enfin, il faut signaler l'extrême richesse de la rythmique, avec des divisions très complexes du temps. Des cycles à 32 mesures ne sont pas rares. Là aussi, il y a une très grande volatilité de la structure rythmique, qui peut changer d'un instant à l'autre passant du ternaire au binaire, puis à des syncopes ou des rythmes boiteux.

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Le maqâm (arabe) — en turc makam, en azéri mugham, en ouzbek maqôm, en ouighour muqâm — est à la fois un système musical général et ses applications particulières.

Le mot maqâm signifiait le lieu où se jouait la musique ; par la suite, il désigna la modalité au Machrek. Maqâm signifie littéralement « station », d'une échelle mélodique en l'occurrence. Il a aussi le sens de « rang élevé » et désigne un modèle transcendant.

Avant l'adoption du terme maqâm, on utilisait dans les régions arabophones diverses appellations : sawt  qui veut dire voix ou son, naghma qui veut dire mélodie ou tab'e  qui veut dire "nature" dans le sens de caractère. Comme pour les râgas dans la musique indienne, les maqâmât sont associés aux 4 éléments, au jour et à la nuit et avaient chacun un caractère.

Il s'agit d'une organisation des échelles mélodiques. À la différence du système des « gammes » (majeures, mineures...) telles qu'on les conçoit et les utilise en Occident, le maqâm est plus qu'un système d'intervalles ; il organise les intervalles entre chaque note ainsi que les cheminements à l'intérieur de cette « échelle » modale, et ce sur plusieurs octaves, généralement deux. Sur ce point, le maqâm se rapproche beaucoup du système des râgas dans la musique classique indienne.

S'il est virtuellement possible d'imaginer une infinité de déclinaisons sur ce principe, notamment en combinant les maqâmât entre eux pour créer des « sous-maqâmât », quelques dizaines seulement sont couramment utilisées et ont acquis une véritable légitimité. Il s'agit là du deuxième sens du maqâm, qui correspond à la définition d'intervalles et de parcours mélodiques singuliers, obéissant à des règles mathématiques et esthétiques. Nous pouvons alors désigner chaque système d'intervalles et de parcours par un nom qui lui est propre et s'y réfère : Hijaz, Husseinî, Bayati...

De nombreux maqâms possèdent des intervalles avoisinant le 3/4 de ton, à la différence des échelles occidentales « tempérées » (où les divisions sont également espacées sur la base de 12 intervalles par octave). Concrètement, cela reviendrait à définir un intervalle supplémentaire entre le si et le do par exemple, en plaçant une nouvelle note : le si ouj. Nous pourrions alors jouer cet intervalle (et cette note) et obtenir une « couleur » particulière correspondant à l'une de grandes « familles » de maqâm.

L'origine diverses des maqâms et l'utilisation de systèmes non tempérés (en musique arabe on a adopté en 1932 au 1er Congrès de la musique arabe le système ¼ de ton) fait que certains maqâms ont des noms différents parce que leurs toniques sont différentes, alors qu'ils ont la même structure.

Chaque maqâm possède une couleur, un sentiment particulier, une nature. Les compositions basées sur ces maqâms constituent la base de la musique savante, urbaine. On retrouve les principaux modes du maqâm dans la musique populaire, mais de façon généralement moins élaborée.

Ce système modal complexe se décline ainsi du Maghreb à la Chine, et constitue un corpus théorique d'une grande richesse, celui de la musique savante ou "classique".

Issues d'un tronc musical commun remontant au XIVe siècle, plusieurs branches représentent aujourd'hui les principales déclinaisons de ce système modal qu'est le maqâm :

  • le maqâm arabe
  • le makam ottoman (Turquie)
  • le maqâm cachemiri
  • le maqôm ouzbek
  • le muqâm ouïghour
  • le dastgâh persan (Iran) et le mugham azéri

Toutefois, le maqâm arabo-turc est devenu extrêmement modulant, changeant de tonalité toutes les cinq ou dix mesures parfois, alors que le dastgâh iranien est resté parfaitement tonal comme le râga indien.

 

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