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La rébellion libyenne a-t-elle encore un sens ?

jeudi 11 août 2011, par La Rédaction

Bernard-Henri Lévy et le diplomate Patrick Haimzadeh confrontent leur analyse après l'annonce de la dissolution du gouvernement du CNT.
 

Une fâcheuse coïncidence. À l'heure où Paris, Londres et Washington accueillent de nouveaux ambassadeurs, membres du Conseil de transition libyen, ce dernier annonce, à la surprise générale, la dissolution de son comité exécutif. Celle-ci intervient quatre jours après le mystérieux assassinat du chef de l'armée rebelle, le général Abdel Fatah Younès, cristallisant, selon certains observateurs, les dissensions grandissantes au sein de la rébellion. Dès lors, le soutien indéfectible de l'Otan au camp insurgé a-t-il encore un sens ? Le philosophe français et éditorialiste au Point Bernard-Henri Lévy et l'ancien diplomate en poste à Tripoli Patrick Haimzadeh, auteur de Au coeur de la Libye de Kadhafi (JC Lattès), confrontent leur point de vue.

 

Que pensez-vous de la dissolution du comité exécutif du CNT ?

Bernard-Henri Lévy : Vous aviez un gouvernement de transition qui a été fabriqué dans la hâte des premiers jours de l'insurrection et qui a, semble-t-il, atteint les limites de son savoir-faire. Pour la nouvelle phase où nous entrons, vous aurez un comité exécutif mieux adapté, avec des hommes plus compétents, mieux préparés aux tâches du moment. Je vais d'ailleurs faire un pronostic : le nouveau comité exécutif reprendra plusieurs des membres du comité démissionnaire - ce qui sera la preuve qu'on n'est pas dans le contexte de crise aiguë que d'aucuns se plaisent à décrire.

Patrick Haimzadeh : Cette dissolution était prévisible dans le sens où cette instance n'était plus du tout représentative des rapports de force sur le terrain. Ce comité a en effet été créé à la hâte le 27 février. Depuis, dans chaque ville et village de Cyrénaïque (est), des personnalités ont acquis une légitimité militaire et un statut de chef de guerre. Elles revendiquent un poids politique à leur mesure et s'estiment mal représentées au CNT. La Libye ne possède aucune culture politique, ni celle d'un État central. Muammar Kadhafi a pris le temps de créer un système très déconcentré avec des dévolutions importantes de pouvoir aux communautés locales ainsi qu'aux tribus. D'autre part, ce nouveau CNT n'aura de représentativité que sur les zones qui pour l'instant se sont soulevées et aucune au nom de l'ensemble du peuple libyen.

Le mystérieux assassinat du chef rebelle Younès révèle-t-il des dissensions au sein du camp insurgé ?

B.-H. L. : C'est évidemment un assassinat qui a été commandité par Tripoli, dont le général Younès était l'ennemi public numéro un. Il s'agissait pour Kadhafi d'éliminer un commandant redoutable et, sans doute aussi, l'homme au monde qui connaissait le mieux son mode de fonctionnement. Quant à cette histoire de "divisions" au sein du CNT, de grâce, arrêtons avec ça ! C'était comme ça du temps de l'Alliance du Nord de Massoud, du FLN algérien ou même de la résistance française.

P. H. : Cet assassinat a révélé au grand jour les divisions au sein du CNT. Les circonstances de sa mort sont toujours sujettes à la plus grande confusion et le CNT n'a lui-même jamais officiellement annoncé l'implication du clan Kadhafi. Au contraire, plusieurs de ses membres ont admis avoir convoqué le général Younès pour l'interroger, ce qui montre qu'il ne faisait pas l'unanimité au sein du Conseil. Ils ont ensuite été démis de leurs fonctions. Si les rebelles avaient détenu la moindre information selon laquelle des forces infiltrées de Kadhafi étaient derrière l'attaque, ils l'auraient très vite fait savoir.

Peut-on aujourd'hui parler d'enlisement à l'irakienne en Libye ?

B.-H. L. : Il y a deux idées. L'enlisement, d'abord : je n'y crois toujours pas et je continue de penser que, si les opérations militaires alliées durent plus longtemps qu'on ne l'imaginait, c'est parce qu'elles prennent leur temps, obéissent à des procédures strictes et font tout pour réduire au minimum le nombre de victimes. L'Irak, ensuite, c'est-à-dire le sous-entendu qu'il y aurait, en Libye, des tribus ontologiquement et définitivement favorables à Kadhafi. Là aussi, je crois que c'est un mythe ; j'ai rendu public il y a trois mois, dans la Règle du jeu, un appel signé par les chefs et représentants des principales tribus de Libye et où les signataires affirmaient leur hostilité à la dictature et leur attachement au principe d'une Libye libre sans Kadhafi.

P. H. : On constate une profonde déconnexion entre la guerre dans laquelle l'Otan s'est engagée et la réalité locale d'un clan rebelle qui n'a pas militairement la capacité de l'emporter et est politiquement divisé. Dans l'hypothèse même où Kadhafi accepterait de se retirer du pouvoir, conditionnerons-nous l'arrêt des bombardements à la remise des armes par les soldats et les miliciens qui le soutiennent ? Car il n'est pas garanti qu'ils arrêtent le combat, d'autant plus qu'ils n'accepteront jamais l'autorité du CNT. Nous focalisons tout sur la personne de Kadhafi sans penser ensuite que nous devrons gérer, comme en Irak, la démilitarisation et le désarmement de la population. En l'absence de solution pacifique rapide, la logique de guerre va s'auto-entretenir.

Où en sont les rebelles sur le terrain ?

B.-H. L. : Il existe pour les rebelles deux verrous à l'accession à Tripoli. Il s'agit des villes de Zliten et de Gharian, au sud. Dans les deux cas, il y a progression des troupes insurgées. Le vrai rendez-vous n'est pas le début de l'intervention il y a cinq mois, mais la rencontre qui a eu lieu à Paris il y a deux semaines entre les officiers de Misrata et le président français. Ces derniers lui ont annoncé qu'ils se faisaient fort de prendre en tenaille la capitale libyenne, avec leurs camarades du Djébel Nafoussa, à condition de recevoir une aide en matériel militaire. Ils sont venus lui dire que la population de Tripoli se soulèvera contre Kadhafi le jour où elle verra s'avancer deux colonnes de libération, l'une venant de Zintane, dans le sud, l'autre de Misrata, dans l'est.

P. H. : La ville de Zliten est toujours aux mains des forces pro-Kadhafi. Il ne faut pas oublier qu'en plus des troupes une grande partie des habitants est loyale à Kadhafi. C'est une situation extrêmement compliquée. Des populations ont pris les armes des deux côtés. Lorsque les représentants de la population de Misrata se sont rendus à Paris il y a deux semaines, ils ont réclamé à Nicolas Sarkozy une liaison directe, sans passer par le CNT. La mentalité libyenne est strictement locale. Cela signifie que les insurgés de Misrata sont avant tout intéressés par le sort de leur ville, pas par celui du reste du pays.

( Par Armin Arefi "Le Point" du 11 août 2011 )

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