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État palestinien - Yigal Palmor : "Sarkozy ne nous a pas consultés"

vendredi 23 septembre 2011, par La Rédaction

Le suspense aura été de courte durée. Le jour même de la demande d’adhésion d’un État palestinien au Conseil de sécurité de l’ONU, Israël a rejeté la proposition de Nicolas Sarkozy d’un statut intermédiaire pour la Palestine devant l’Assemblée générale. Dans une interview au Point, Yigal Palmor, porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, justifie cette décision.

Pourquoi rejetez-vous la proposition française ?
Yigal Palmor : Je ne dirais pas cela. La proposition de Nicolas Sarkozy a été entendue pour la première fois à l’ONU sans qu’il nous ait consultés au préalable. Nous allons évidemment l’examiner et répondre à nos amis français en fonction de nos discussions avec eux. Sur le fond, un statut d’État pour les Palestiniens est, selon nous, prématuré. Nous sommes pour un État palestinien, mais il doit être le fruit d’un accord négocié, sinon, ce n’est pas sérieux. On ne peut pas brûler les étapes.

Que faudrait-il faire, selon vous ?
On ne peut pas créer un État en commençant par la fin et en marchant à rebours. Il faut faire les choses comme elles se font partout ailleurs. D’abord, des négociations, ensuite, un accord négocié, et seulement après, la demande d’adhésion à l’ONU et un statut d’État. C’est ce que le Sud-Soudan vient de faire.

Les négociations avec les Palestiniens sont tout de même gelées depuis un an ?
Ce sont eux qui les ont gelées et qui refusent de revenir discuter à la table.

Mais ceux-ci souhaitent avant tout le gel de la colonisation en Cisjordanie.
Seul Israël a fait un geste en adoptant un moratoire de 10 mois sur la construction dans les implantations. Les Palestiniens n’ont rien fait. Ce n’est qu’à la fin du moratoire qu’ils ont accepté, en septembre 2010, de venir à Washington pour commencer une très brève négociation. Ils ont demandé une prolongation du moratoire qu’ils avaient fustigé durant toute cette période. Les Palestiniens continuent à poser des conditions préalables. Ce que nous disons, c’est que la négociation doit se faire sans condition et sans tabou. Les Palestiniens n’aiment pas les implantations, eh bien, nous n’aimons pas le terrorisme et les missiles qui sont tirés par le Hamas et d’autres groupes.

N’avez-vous pas l’impression de rejeter le moindre compromis depuis vingt ans ? Notamment aujourd’hui, sachant que Sarkozy a justement voulu adopter une position médiane ?
C’est faux. On est prêt à renoncer à beaucoup de choses, mais résultant d’une négociation, pour que ça aboutisse à quelque chose de sérieux. Il y a eu beaucoup de résultats depuis l’accord d’Oslo en 1993. Sans doute le processus a-t-il été très long, mais il ne faut pas oublier les attentats-suicides, les tirs de roquette, et l’Intifada qui se sont produits entre-temps. S’il existe aujourd’hui une Autorité palestinienne capable de demander une reconnaissance, c’est bien parce qu’elle est le fruit des accords passés et de la coopération qui s’est établie.

Mais le but premier du processus d’Oslo n’était-il pas justement de créer un État palestinien ?
Le processus de paix a tout donné, il manque juste la dernière ligne droite.

Vous ne semblez pas satisfait non plus de la proposition du président français d’intégrer de nouveaux pays, notamment l’UE, pour accélérer cette dernière ligne droite.
Nous n’avons aucune objection à cela. Tout pays qui souhaite apporter une contribution concrète est le bienvenu. C’est ce que la Norvège a réussi en 1993. La porte est ouverte. Mais il faut contribuer pour après être pris en compte, et pas le contraire.

En refusant la solution d’une reconnaissance partielle d’un État palestinien à l’Assemblée générale, n’avez-vous pas peur de contribuer à l’isolement d’Israël ?
Je ne crois pas, car, parmi les pays qui ont toujours été impliqués dans le processus de paix, la position israélienne est prise très au sérieux. Après, on peut avoir des différences sur un certain nombre de points, mais je ne vois pas d’isolement. La majorité pro-palestinienne à l’Assemblée générale repose sur de grands blocs de pays musulmans, africains, quelques pays européens et asiatiques. Ce ne sont pas forcément des pays qui apportent quelque chose et qui sont directement impliqués dans le processus.

Mais il s’agit tout de même de la France ?
La France, en revanche, est un pays qui est très impliqué, qui l’a toujours été, et qui continuera à l’être. Mais une fois de plus, si cette proposition passe par le vote à l’ONU, cela ne fera que compliquer les choses, parce que ça ne résoudra pas le problème de la négociation israélo-palestinienne, qui ne peut être réglée que par les intéressés. On ne peut pas faire l’économie d’un face-à-face.

Craignez-vous que les Palestiniens, forts de leur nouveau statut, puissent saisir la Cour pénale internationale ?
Les dirigeants palestiniens répètent qu’ils vont profiter du nouveau statut d’État membre pour tenter de rejoindre certaines instances internationales, dont la CPI, afin de poursuivre leur lutte contre Israël par d’autres moyens. On voit bien que cette volonté d’accéder au statut d’État n’est pas faite dans une perspective de paix, mais de poursuite de la confrontation. Avant de lever la main en faveur d’un État palestinien dans les circonstances actuelles, il faut bien prendre en compte les conséquences de ce geste.

Mais la CPI étant un organe international et légal, vous n’avez rien à craindre...
Effectivement, mais si les Palestiniens décident d’engager des procédures pénales, ou juridiques, d’une façon ou d’une autre, nous sommes partis pour des années de litige interminables qui ne feront qu’envenimer et empoisonner l’opinion des deux côtés de la frontière.

La demande de Mahmoud Abbas devant le Conseil de sécurité ne peut-elle pas être propice à accélérer la possibilité de négociation dans les semaines qui précéderont le vote du Conseil ?
Il est tout à fait envisageable que le résultat final de tout ce va-et-vient intensif soit une formule agréée par les deux camps leur permettant de négocier à nouveau. Je crois qu’à ce moment-là nous aurons un jugement rétrospectif un peu différent de tout ce qui s’est passé.

(Vendredi, 23 septembre 2011 - Propos receuillis par Armin Arefi)

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