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Libye : l’exode chaotique des civils de Syrte

lundi 3 octobre 2011, par La Rédaction

La longue quatre-voies droite et monotone qui mène à Syrte s’encombre brusquement. De longues files de voitures, presque toutes blanches, bloquent la route forçant les gros pick-up chargés de combattants rebelles à ralentir leur vitesse folle. Ce samedi, comme les jours précédents, les accès à la ville, principal bastion encore aux mains des fidèles de Kadhafi et assiégée depuis trois semaines, ont l’allure de chemins d’exode.
Les forces du Conseil national de transition (CNT), la branche politique du nouveau pouvoir libyen, filtrent méticuleusement tous les véhicules. Accoudé à la portière de sa voiture, un grand gaillard attend son tour, tendu. Dans son monospace, l’enchevêtrement de femmes, d’enfants en bas âge et d’ados en survêtement est le même que dans les autres.
Mohammed, comme il affirme s’appeler, a les traits fatigués. « Cela fait près vingt jours que l’on subit les bombardements des rebelles et des avions de l’Otan. On ne pouvait pas dormir. C’était horrible », glisse-t-il. L’homme décrit longuement Syrte comme une ville où chacun vit terré et manque de tout. « Il n’y a plus d’eau et on est obligé de boire ce que l’on peut. Il n’y a plus d’électricité, presque plus rien à manger ». Sa villa située dans le centre-ville a été touchée, jeudi, par des éclats d’obus, ce qui l’a « décidé de fuir ».
Ali Salah, assis dans une camionnette hors d’âge débite une histoire presque identique en vomissant « l’Otan qui tue des enfants » et les « mercenaires mauritaniens » qui selon lui forment le gros des jusqu’au-boutistes pro-Kadhafi. Il ne reconnaît que du bout des lèvres que « des soldats libyens » et « quelques civils » ont pris les armes pour « se battre jusqu’à la mort ».
Walid, un quadragénaire, lui, se crispe à la moindre évocation de la situation militaire. « Je ne sais pas qui se bat dans Syrte. Je n’ai vu aucun soldat. Je ne fais pas de politique », débite-t-il en coulant des regards inquiets vers un groupe de rebelles qui surveille les fuyards. Il en sait encore moins sur l’éventuelle présence en ville de Moatassem, l’un des fils de Guide, que la rumeur dit réfugié dans Syrte.
La peur se lit dans les yeux de tous les visages des habitants de Syrte. Un peu plus encore peut-être dans ceux de Moustapha Mohammed. Il décrit sans honte ses craintes. « À Syrte, on nous a dit que les rebelles tuent les hommes et violent les femmes et pire encore. » Faute d’électricité ou de téléphone, les civils ignorent tout ou presque de la situation à l’extérieur de la cité. Il a fallu qu’il épuise ses dernières provisions pour se décider à empiler quelques habits dans le coffre de sa voiture et à quitter la ville profitant d’une accalmie dans les combats. Son épouse pleure sans retenue, le visage caché dans son voile.
La distribution, par des volontaires du CNT, d’eau, de jus de fruit et de biscuits détend un peu l’ambiance. La femme de Moustapha engloutit une brioche dans l’instant. « On les aide car nous sommes tous des Libyens. Il ne faut plus de divisions entre nous. C’est Kadhafi qui a apporté ça en Libye », récite l’un des volontaires. Lors de la fouille, les combattants rebelles sont soupçonneux. Les papiers sont passés au crible. On scrute chaque voiture. On en stoppe certaines, de préférence des Mitsubishi Lancer et des Kia, réputées pour avoir été offertes en cadeau par le régime déchu. Mais finalement, l’immense majorité peut continuer sa route.
Brahim se dépêche. Il veut conduire son fils, Hicham, 2 ans dans une clinique. Le gamin souffre du ventre. Une trentaine de kilomètres plus loin, dans un hôpital de campagne devenu plus calme à mesure que les combats s’apaisent un peu, le Dr Al examine le gamin. « On reçoit beaucoup d’enfants atteints de diarrhées à cause de l’eau non potable et l’hôpital de ville n’est plus en état de marche », assure le médecin. Pour le Comité international de la Croix-Rouge, la situation humanitaire de la ville assiégée serait même « désespérée ».
Des milliers de civils restent encore coincés dans la cité assiégée. Selon un décompte, seules une vingtaine de milliers de personnes auraient quitté l’agglomération, sur les 70.000 qu’elle comptait. Pour Ibrahim, un réfugié, le manque essence explique cette situation. « Il n’y en a presque plus et elle est devenue très chère. Cela empêche des milliers de familles de partir », assure-t-il.
L’homme étonnement flegmatique qui reconnaît vite qu’il appartient à la tribu des Warfalla, l’une des mieux représentée à Syrte et considérée comme proche du régime déchu, sait aussi qu’il y a d’autres raisons. « Dès le début de la révolution, beaucoup de soldats de Kadhafi sont venus à Syrte. C’est devenu le centre de la guerre, presque la capitale », explique-t-il. Il raconte l’écran géant installé sur la place principale qui déversait une propagande promettant une victoire rapide.
Il sait également que Syrte, ville natale de Kadhafi, est le fruit de toutes les jalousies. Que sous l’ancien régime, elle était interdite d’accès. Que la rumeur voulait qu’à Syrte, les salaires soient plus élevés, les rues plus belles, la vie plus douce qu’ailleurs en Libye... « Quand les combats sont arrivés à nos portes, on a eu peur. Peur que les rebelles nous tuent. Peur que des gens veuillent se venger sur nous de toutes les années passées avec Kadhafi au pouvoir. » (Par Tanguy Berthemet - Le Figaro)

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