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Bahreïn, la révolution censurée

mercredi 5 octobre 2011, par La Rédaction

Le souffle du printemps arabe n’épargne pas le royaume de Bahreïn. Mardi, le principal parti d’opposition chiite al-Wafaq s’est vu interdire l’organisation d’une chaîne humaine géante de protestation contre le sort réservé aux manifestants arrêtés en février dernier. Jugés devant une cour militaire, des dizaines d’entre eux ont reçu ces derniers jours des peines records, allant de cinq ans à la prison à vie. Mais le comble a été atteint le 29 septembre. Vingt médecins et membres du personnel de l’hôpital Salmaniya, le plus grand de la capitale, ont été, eux aussi, condamnés. D’après le gouvernement, ils auraient transformé leur établissement en "centre de contrôle" des manifestations. "Ils continuaient en réalité à soigner les manifestants blessés, tout en s’insurgeant de la nature et de la gravité des blessures", explique Said Boumedouha, d’Amnesty International.
Déjà habituée aux revendications démocratiques grâce à la présence de plusieurs syndicats, l’île du golfe Persique a subi de plein fouet les contrecoups des révoltes tunisiennes et égyptiennes du début d’année.
Lassée par une sous-représentation à la tête du pays, la majorité chiite (à 70 %) de cet État de 1 230 000 habitants était descendue dans la rue pour exiger du pouvoir sunnite des élections libres et la fin des discriminations à son égard. "Il régnait, lors des manifestations, une atmosphère pacifique de carnaval", se souvient Said Boumedouha, chercheur sur le Bahreïn à Amnesty International, présent à l’époque sur la place de la Perle de Manama.
Mais la dynastie sunnite al-Khalifa, installée au pouvoir depuis 200 ans par les Britanniques pour contrer la menace iranienne, s’alarme de la poussée revendicative chiite. Pour étouffer la contestation, elle fait appel à son mentor sunnite, l’Arabie saoudite. Le 14 mars, 1 000 soldats saoudiens et 500 Émiratis sont expédiés dans le royaume, sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe. Une première pour cette instance dont le rôle se limite normalement à assurer la stabilité économique de la région. La répression est sévère. Trente manifestants sont tués. Des centaines sont arrêtés. En juin, l’état d’urgence est levé.
"Deux interventions étrangères ont eu lieu lors du printemps arabe, rappelle Mohammad-Reza Djalili, professeur émérite à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève. La première est celle de l’Otan en Libye, la seconde celle de l’Arabie saoudite et des émirats au Bahreïn, qui, elle, constituait une contre-révolution pour sauvegarder le régime." Pour le professeur, "les Saoudiens craignent que l’arrivée au pouvoir des chiites à Bahreïn ne constitue un exemple, d’autant que leur minorité chiite habite les provinces pétrolifères". Alliés inconditionnels de Riyad, les États-Unis, qui possèdent une base navale à Bahreïn, se gardent bien de s’opposer à l’intervention.
Ces derniers s’insurgent à peine davantage aujourd’hui du terrible destin des manifestants. Si, tout comme l’ONU, les Américains jugent "sévères" les condamnations records, ils se cantonnent à appeler à la libération de tous les prisonniers politiques. Une nouvelle preuve d’immobilisme que déplore Said Boumedouha : "Les pays occidentaux n’ont pas traité la crise égyptienne ou libyenne comme celle de Bahreïn.
Au Maghreb, non seulement ils ont condamné la violation des droits de l’homme, mais ils sont allés jusqu’à soutenir les manifestants."
Les médias internationaux semblent, eux aussi, avoir oublié les Bahreïnis. Témoin privilégié et parfois même actrice du printemps arabe, la chaîne d’information qatarie Al Jazeera reste curieusement silencieuse sur les soubresauts que traverse le royaume. "L’appréciation du printemps arabe est relative aux intérêts de chaque pays, estime Mohammad-Reza Djalili. Tous les États possédant une relation économique importante avec le golfe Persique (60 % des réserves pétrolières mondiales) sont globalement favorables à la stabilité de la région. Voilà pourquoi, au fond, le printemps arabe a eu un effet assez secondaire au Moyen-Orient."
Seule la République islamique d’Iran, qui soutient pourtant corps et âme le régime syrien dans sa répression aveugle et qui n’a pas hésité à réprimer sa propre population en 2009, s’est indignée du sort réservé aux manifestants chiites bahreïniens. "Le Bahreïn reflète la guerre froide que se livrent l’Arabie saoudite et l’Iran dans la région", explique le professeur en relations internationales. "Si l’Iran souhaite développer son influence grâce aux chiites du royaume, il n’osera jamais mobiliser ses forces pour entrer en conflit ouvert avec l’Arabie saoudite, protégée par les États-Unis." Les manifestants bahreïniens sont bel et bien seuls au monde.

(Mercredi, 05 octobre 2011 - Avec les agences de presse)

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