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La presse tunisienne sous haute tension

mardi 10 janvier 2012, par La Rédaction

"On demande à tous les citoyens et à la société civile de se mobiliser avec nous. L’enjeu ne concerne pas que le secteur de l’information, il s’agit de préserver la démocratie et de réussir la révolution." Hanène Zbiss, journaliste à l’hebdomadaire tunisien Réalités et membre de la commission de la protection des libertés au sein du syndicat des journalistes, explique venir manifester "contre l’ingérence du gouvernement dans le secteur des médias".
Ce 9 janvier, place de la Kasbah, à Tunis, ils sont quelques centaines à s’être donné rendez-vous pour protester contre le retour de la censure, les violences à l’encontre des journalistes, mais aussi les nouvelles nominations à la tête des organes de la presse publique.
Samedi 7 janvier, Hamadi Jebali, le Premier ministre, issu du mouvement Ennahdha, qui a remporté les élections du 23 octobre en obtenant 89 sièges des 217 de l’Assemblée constituante, a annoncé les noms des nouveaux dirigeants des différents organes de presse étatiques (journaux, télévision nationale et agence de presse). Mohamed Nejib Ouerghi a été désigné comme le nouveau P-DG de la Snipe (Société nouvelle d’impression, de presse et d’édition) mais aussi le chef des quotidiens Essahafa et La Presse. Mais son nom est loin de faire l’unanimité. De 2003 à 2010, cet homme a été le rédacteur en chef du quotidien Le Renouveau, organe de presse du RCD, le parti du président déchu. Même étiquette mauve, la couleur de Ben Ali, pour les rédacteurs en chef nommés par le gouvernement Jebali, à savoir Mongi Gharbi, qui a signé un article sur le blog Mes sept raisons pour voter Ben Ali, et Faouzia Mezzi, dont les éloges en faveur de Leila Trabelsi, la femme de Ben Ali, figurent dans un ouvrage intitulé Présidence tunisienne de l’Organisation de la femme arabe : initiatives et réalisations.
"Ils ont servi le régime et, maintenant, ils vont servir la propagande d’Ennahdha", fustige Hanène Zbiss. Outre ces nominations controversées, ce qui est dénoncé, c’est "la manière dont cela a été fait", regrette Behija Ben Mabrouk, journaliste à la TAP, l’agence de presse tunisienne. "Nous avons appris ces nominations par un communiqué de presse !" lance-t-elle.
L’incompréhension prévaut. "Après la révolution, on a cru que les nominations se feraient en concertation. On a été surpris de voir que le gouvernement a fait table rase de ses engagements et court-circuité tout le monde", note Hanène Zbiss. "On pensait que Hamadi Jebali ferait ce qu’il a dit, respecterait ses engagements et consulterait les différents organismes", surenchérit Olivia Gré, responsable du bureau de Reporters sans frontières ouvert à Tunis au mois d’octobre.
Le syndicat national des journalistes tunisiens (SNLT), qui représente près de 1 350 journalistes, et l’Instance nationale pour la réforme de l’information et de la communication (Inric) sont montés au créneau et ont demandé une révision des nominations. Dans l’après-midi, à l’issue d’une réunion avec des membres du gouvernement, la présidente du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), Nejiba Hamrouni, a annoncé qu’un accord avait été trouvé : certaines nominations, dont les bénéficiaires n’ont pas été nommés, seront revues.
Mais les inquiétudes restent nombreuses pour les professionnels de l’information. Certains dénoncent "un retour de la censure". Même si aucune pression gouvernementale n’a été notée, des numéros des hebdomadaires Le Point, L’Express et un hors-série du Nouvel Observateur évoquant l’islam ont été interdits. Le 4 janvier, deux journalistes ont été agressées par les forces de l’ordre devant le ministère de l’Enseignement supérieur alors qu’elles couvraient une manifestation d’enseignants. Le gouvernement a annoncé le 9 janvier qu’une enquête serait menée à ce sujet. Le 5 janvier, le quotidien El Maghreb a reçu des menaces de mort à la suite de la publication, la veille, d’un article intitulé "Sejnane, premier émirat salafiste en Tunisie". Le 7 janvier, alors qu’il se rendait à Sejnane, le correspondant de France 24, David Thomson, a été agressé et son matériel endommagé.
De l’autre côté de la rue, alors que des policiers séparent les deux camps, des hommes sont venus "défendre la légitimité du gouvernement contre une minorité qui n’a ramassé que quelques sièges", soutient Samir Blidi, professeur d’arabe dans un collège : "Après le 14 janvier, on espérait une nouvelle presse qui respecte les droits de l’homme et donne une information libre. Mais la plupart des médias n’ont pas suivi cette voie." "Ces médias ne représentent pas le peuple. Ils ne représentent qu’une certaine partie, celle de gauche. On veut des médias qui parlent de nous, de nos problèmes", ajoute Walid Bousselmi, commerçant dans le souk de Tunis. "Il faut que les médias représentent tous les points de vue", surenchérit Mourad Cherni. "Notre rassemblement n’est pas contre la liberté d’expression, on veut juste que les médias critiquent les programmes et non les personnes", justifie Samir Blidi alors que des slogans qualifient les journalistes de "voleurs".
"Il est vrai qu’il y a un manque de professionnalisme dans la profession et que, parfois, on ne sait pas faire la part des choses entre ce qui relève de la vie privée et de la vie publique", admet Behija Ben Mabrouk, "mais un quart de siècle sous Ben Ali, ça ne s’efface pas comme ça".

(10 janvier 2012 - Avec les agences de presse)

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