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Manifestations du 14 janvier - Les Tunisiens entre "tristesse et fierté"

samedi 14 janvier 2012, par La Rédaction

"Peuple tunisien, réveille-toi ! Le destin est entre tes mains." Devant le ministère de l’Intérieur, avenue Bourguiba, dans le centre de Tunis, une affiche recouvre l’annonce du spectacle du comique Lotfi Abdelli. Des barrières empêchent l’accès à un large périmètre autour du ministère, où l’an dernier les Tunisiens s’étaient rassemblés pour demander le départ de Ben Ali. En ce 14 janvier, ils sont des milliers à s’être rendus sur l’artère principale de la capitale tunisienne. Des enfants se font prendre en photo, sourire aux lèvres et drapeau tunisien dessiné sur le visage. Un an plus tôt, à la suite d’un mouvement de contestation qui avait commencé après l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010, le président Ben Ali s’envolait pour l’Arabie saoudite avec sa famille.
"Je ne suis pas là pour faire la fête", souligne Faten, 27 ans, responsable en webmarketing, alors qu’elle prend en photo une inscription où il est noté "ni les Américains, ni les Français, ni les pays du Golfe, ni l’Iran ne récupéreront notre révolution. Elle est celle du peuple". L’émir du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, était, ce 14 janvier, l’invité de marque des autorités tunisiennes, en compagnie d’autres leaders arabes, dont le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, et le chef du Conseil national de transition libyen, Mustapha Abdel Jalil.
"Je suis venue pour lutter contre la nouvelle dictature de la troïka (accord passé entre le Congrès pour la République de Moncef Marzouki, président de la République, le mouvement islamique Ennahda et le parti social-démocrate Ettakatol, NDLR). On a voté pour une constituante, pour l’écriture d’une Constitution qui doit garantir nos droits et ceux de nos enfants", rappelle la jeune femme. À ce moment-là, des jeunes passent. Sur une pancarte peinte en noir, une inscription blanche demande "Où est la Constitution ?"
"Nous sommes venus manifester pour rappeler les objectifs de la révolution qui étaient le travail, la dignité et la liberté", lance Omar, 26 ans. "Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui ne défendent pas la volonté du peuple, mais leurs intérêts politico-politiques", regrette cet ancien étudiant en MBA qui, un an plus tôt, était "à Paris, derrière deux ordinateurs, deux téléphones et le poste de télévision". "On est là pour fêter le 14 janvier, pas pour faire une campagne électorale", renchérit Nesrine Marzouk, employée à temps partiel dans un cybercafé, qui avoue s’être réapproprié l’hymne national après le départ de Ben Ali. Voile bleu marine, tee-shirt orné d’un drapeau tunisien, cette jeune femme diplômée en anglais des affaires se dit "déçue par les partis politiques présents" ce jour-là.
"Nous n’avons pas envie que cette rue soit associée à tel ou tel parti. Elle appartient au peuple tunisien", souligne Maher Farhat, tee-shirt rouge siglé des jeunesses d’Ettakatol, présent depuis 7 heures du matin. Pourtant, sur le parvis de l’hôtel International, le parti de Mustapha Ben Jaâfar, président de l’Assemblée constituante, a monté une tente "pour recueillir les impressions des Tunisiens, savoir ce qu’ils pensent de la situation actuelle et essayer de passer un message d’espoir", explique le jeune homme de 28 ans. "La jeunesse doit s’engager. Ce qui a permis à Ben Ali de rester au pouvoir pendant 23 ans, c’est le désengagement des jeunes pour la chose publique, que ce soit dans le tissu associatif ou en politique", analyse-t-il.
Sous la tente blanche, des tableaux ont été installés. Les passants viennent y écrire ou dessiner, à l’image de Biled Sabri. Pinceau à la main, ce chômeur de 21 ans "peint ses sentiments sur la révolution". Des sentiments teintés de "tristesse et de fierté". Bonnet noir sur la tête, jean large et barbe de plusieurs jours, il rappelle que la date de la révolution tunisienne, "ce n’est pas le 14 janvier, ni le 17 décembre, que cela a commencé en 2008, avec le soulèvement du bassin minier".
Tout en écrivant "Tunisie" en arabe, il regrette que la situation économique de son pays n’ait pas évolué depuis un an. Fin 2011, la Banque centrale tunisienne a tiré la sonnette d’alarme, le taux de croissance devrait être "quasi nul", et le taux de chômage supérieur à 18 %. "On a au moins acquis une chose : on peut parler et critiquer les politiciens, même à l’extérieur, dire dégage sans risquer quoi que ce soit", savoure Biled Sabri, alors que d’autres barrent un "404", symbole de la censure sur Internet.
"On est libre maintenant, vous voyez", interpelle une jeune femme lourdement voilée. De ses mains gantées, elle pointe du doigt une cinquantaine d’hommes en train de prier au milieu de l’avenue. "Cela était impossible avant", souligne-t-elle. Un bruit de pétard retentit. Des cris se font entendre. Sur les visages, l’inquiétude s’installe une demi-seconde. Il ne s’agit que d’un feu d’artifice.
Devant le théâtre municipal, le parti islamiste Ennahda fait son show. Discours, musique, chants, ils sont des centaines à s’être rassemblés. Des drapeaux tunisiens et du parti flottent dans les airs.
Dans la foule, des militants du PCOT (Parti communiste des ouvriers de Tunisie), casquettes à l’effigie du parti vissées sur la tête, distribuent des tracts. Non loin, des tambours battent à plein régime. Étiquette jaune sur la bouche, des militants d’Amnesty International défilent. "On veut attirer l’attention des gens sur les droits de l’homme. Nous n’avons pas eu de garantie concernant la torture. En tant que président de la République, Moncef Marzouki vient de signer notre charte, mais ni son parti politique ni les deux autres de la troïka ne l’ont fait", regrette Ahlem Bachourel, militante de l’ONG. "Il faut oser dire que ce sont nos droits, que nous voulons l’égalité pour tout le monde et le respect des droits de l’homme."

(14 janvier 2012 - Avec les agences de presse)

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