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Une plante à fleurs ressuscitée... 32 000 ans plus tard

mardi 21 février 2012, par La Rédaction

C’est une prouesse scientifique qui n’aurait peut-être jamais eu lieu sans l’aide... d’un écureuil. De ceux qui s’affairent à remplir leurs multiples cachettes de victuailles pour l’hiver. Grâce à l’un d’eux, des scientifiques ont pu récupérer en Sibérie, sur une rive de la rivière Kolyma, les graines et les fruits d’une petite plante à fleurs blanches, Silene stenophylla, vieille de près de 32 000 ans ! Les restes de ce spécimen, datés grâce au carbone 14, étaient conservés à près de 40 mètres de profondeur dans le permafrost (ou pergélisol), cette couche de glace perpétuelle qui s’étend sur une bonne partie de l’Arctique et des régions qui l’entourent.
De là, une équipe de chercheurs de l’Académie des sciences de Russie, dirigée par David Gilinchisky et Svetlana Yashina, a pu prélever du tissu placentaire sur trois fruits immatures particulièrement bien conservés.
Grâce à une culture en laboratoire, ils sont parvenus à obtenir de jeunes pousses de cette Silene stenophylla, devenue la plus ancienne plante à fleurs jamais ramenée à la vie. Après une année de soins attentifs, celle-ci leur donna même des fleurs. Et, en l’étudiant sous tous les angles, les chercheurs, qui viennent de publier les résultats de leurs travaux dans la revue américaine Proceedings of the national academy of science (PNAS), purent constater qu’elle avait des caractéristiques propres, différentes de sa descendance qui fleurit encore dans la Sibérie du XXIe siècle.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là ! Car, dans sa frénésie de stockage, l’écureuil avait sans le savoir absolument tout prévu. Dans sa cachette, les scientifiques ont également découvert du pollen de la même antique Silene stenophylla. Ils ont donc pu polliniser leur plant né en laboratoire, qui a ainsi donné des fruits. Une résurrection parfaite qui ne sera sans doute pas la dernière tant le permafrost recèle de micro-organismes qui ne demandent qu’à être réveillés.

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Quand les mouches se soûlent pour survivre

On la croyait tout bonnement alcoolique. Eh bien, non ! La mouche Drosophila melanogaster, plus communément appelée mouche du vinaigre, pratique en réalité l’automédication. C’est du moins ce que suggèrent les travaux d’une équipe d’entomologistes américains de l’université Emory d’Atlanta. Selon les résultats de leur étude publiée dans la revue scientifique Current Biology, cette mouche, ou plus précisément ses larves, consomme des denrées hautement alcoolisées - fruits en putréfaction, raisins fermentés... - pour se débarrasser de parasites dangereux. Un peu comme vous traiteriez votre rhume avec un grog.
En effet, les guêpes ont la fâcheuse habitude de venir pondre leurs oeufs dans les larves des drosophiles. De sorte qu’en grandissant leur progéniture puisse facilement se nourrir sur la bête, dévorant de l’intérieur le pauvre petit de la mouche. Face à ce fléau fatal pour presque 100 % de ses larves, la drosophile aurait bâti une stratégie de survie sur l’un de ses avantages comparatifs : elle tient beaucoup mieux l’alcool que ses prédatrices ! Grâce à une enzyme spécifique, son organisme est capable de détoxifier l’éthanol de manière à ce que celui-ci puisse atteindre jusqu’à 4 % de sa nourriture, sans risque pour sa santé. Un don qui serait encore plus développé chez ses larves.

D’après les expériences menées par les universitaires, la consommation d’éthanol a deux effets : l’un préventif et l’autre curatif. D’une part, les guêpes semblent pondre moins d’oeufs dans les larves de drosophiles très alcoolisées. D’autre part, chez les larves de mouche déjà infestées, la consommation d’un haut niveau d’alcool aboutit à des problèmes de développement des parasites, des malformations parfois mortelles. Du même coup, la survie des larves de drosophiles contaminées s’en trouve sensiblement améliorée : environ 60 % des cas. Ce fait, les mouches de vinaigre en devenir semblent l’avoir intégré. Elles ont ainsi tendance à consommer plus d’alcool dès lors qu’elles se savent infectées.
Le hic est qu’une espèce de guêpe, spécialisée dans l’attaque de Drosophila melanogaster, tend à s’adapter. Ses larves résistent de mieux en mieux à l’alcool, de sorte qu’un petit de drosophile infecté, même complètement saoul, n’a plus que 10 % de chances d’en réchapper.

(21 février 2012 - Avec les agences de presse)