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Les femmes égyptiennes refusent d’être oubliées

vendredi 9 mars 2012, par La Rédaction

Les "Mères courage" ont été en première ligne lors de la révolution de 2011. Elles sont aujourd’hui totalement écartées de la nouvelle Égypte.

C’est une marche qui ressemble à une révolte. Jeudi 8 mars, un millier de femmes égyptiennes ont manifesté au Caire à l’occasion de la Journée internationale de la femme. Parmi elles, Névine Ebeid, membre de l’association la Femme nouvelle. Elle coordonne aussi la Coalition des organisations féminines. "Nous ne pouvons pas abandonner nos droits, nous allons réagir", lance-t-elle d’un ton ferme. Le premier objectif de ces femmes ? Que la commission chargée de rédiger la nouvelle Constitution égyptienne comporte "30 % de femmes". Une ambition sans doute difficile à satisfaire, même si 450 organisations féminines réclament ce quota.
"Nous n’avons pas l’intention d’être oubliées", affirme Mona Ragab, vice-présidente de l’Association des femmes-écrivains en Égypte. "Nous étions à la place Tahrir le 25 janvier, nous n’avons pas fui les tirs à balles réelles du 28, ou la charge des chevaux et des chameaux le 2 février.
Nous avons participé à la révolution, et nous voulons en partager les fruits : la démocratie, la justice sociale, la fin de la discrimination féminine", explique-t-elle.
Les Égyptiennes ont effectivement participé à la révolution du 25 janvier. Elles formaient le quart des manifestants, elles étaient les "Mères courage". On les retrouvait en première ligne lors des confrontations avec les forces de l’ordre et dans l’écriture des slogans, on entendait leurs voix dans les cris contre l’ancien régime, et nombre d’entre elles figurent dans le bilan des morts et des blessés. Elles ont mené un combat courageux, mais sans contrepartie. Le succès de la révolution a débouché sur le triomphe des islamistes, et les femmes sont aujourd’hui pratiquement écartées de la vie nationale. Elles occupent 2 % des sièges au Parlement contre 12 % en 2010. Elles ont trois représentantes au Conseil consultatif pour un total de 280 sénateurs.
Ce sont, parmi bien d’autres, les principales raisons de leur révolte. La présence, désormais active des salafistes, augmente leur inquiétude. Ils ne sont pas favorables à l’action féminine. "Nous refusons d’être des citoyennes de seconde zone, dit Mona Ragab. Nous voulons être des partenaires à part entière et définir l’avenir de l’Égypte avec les hommes, main dans la main." Dans ce contexte, la marche du 8 mars est une sorte de grande première. Durant le mandat de Moubarak, la Journée internationale de la femme était consacrée à des échanges de voeux. L’an dernier, plusieurs centaines de femmes se sont rendues à la place Tahrir, épicentre de la révolution. Elles n’ont pas voulu militer pour leurs droits, elles ont dédié leur manifestation à la mémoire des "martyrs de la liberté".
Ce geste louable a eu des conséquences néfastes. Une contre-manifestation, formée d’hommes venus en autobus, a débarqué sur la place. Armés et violents, ces hommes ont attaqué les femmes, les ont insultées, les ont battues... La confrontation aurait tourné au carnage si les soldats, alors présents à Tahrir, ne s’étaient pas interposés. Les coupables seraient des hommes de main de l’ancien régime, ce n’est pas impossible. Le spectre de cette bataille règne encore en 2012. Voilà pourquoi les organisatrices, à commencer par Névine Ebeid, ont rédigé des slogans : "Nous ne voulons pas avoir peur de descendre dans la rue".
Elles ont repris à leur compte les méthodes des révolutionnaires : Facebook, Twitter, Internet, les SMS... Une liste de cent femmes susceptibles de participer à la rédaction de la Constitution a circulé de la sorte. Le 4 mars, une réunion au siège de la Femme nouvelle, dans le quartier bourgeois de Mohandessine, a permis une dernière mise au point. Les manifestations du 8 mars ont constitué l’apogée de cette mobilisation. Car les femmes égyptiennes n’ont pas l’habitude de manifester seules dans les rues, et certaines redoutent l’expérience de l’année 2011.
"Avoir réussi à en rassembler plus d’un millier est déjà un succès", explique Névine Ebeid. D’autant plus que le but recherché a été obtenu : "Nous sommes parvenues jusqu’au Parlement, et nous serons reçues par des députés le samedi 10 mars. Nous avancerons pas à pas. Il faut de la patience."

(09 mars 2012 - Avec les agences de presse)

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