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Les derniers feux de l’Égypte

jeudi 29 mars 2012, par La Rédaction

C’est une statue sans tête. Un corps d’homme de toute beauté fait de basalte, la taille ceinte d’un pagne et les bras le long du corps. Les épaules sont puissantes et larges, le torse est élancé. Un sillon vertical le partage en deux moitiés, le bas du ventre est légèrement renflé.
L’oeuvre date du VIe siècle avant notre ère. La dynastie des Ramsès s’est éteinte quatre siècles plus tôt, ouvrant en Égypte une longue période d’instabilité où se succèdent les dominations étrangères : libyenne, nubienne, perse, enfin macédonienne jusqu’à la triste fin de Cléopâtre.
Ce dernier millénaire de l’histoire pharaonique, appelé symptomatiquement "Basse Époque", a longtemps été méprisé. Y compris des spécialistes. Prévalait l’idée qu’"une fois les Ramsès et leur empire disparus, le pays se serait inexorablement engagé sur la pente d’un long déclin", explique Olivier Perdu, égyptologue et commissaire de l’exposition "Le crépuscule des Pharaons", au musée Jacquemart-André. Qu’on ne se laisse pas tromper par ce titre : la démarche du spécialiste se veut résolument militante. "Il s’agit pour nous de réhabiliter cette période en présentant les grands chefs d’oeuvre qu’elle a produits", affirme-t-il.
Parmi eux, cette statue debout d’Horoudja, qui accueille le visiteur au bas de l’escalier de marbre du musée. "Archaïsante" comme beaucoup d’autres avant elle, puisqu’elle reprend les codes de l’Ancien Empire : posture verticale, forte carrure. Mais "la musculature des membres n’est plus aussi marquée, ni même aussi détaillée. Le torse, devenu un peu plus ramassé, fait, en revanche, l’objet d’un découpage plus élaboré", note Olivier Perdu. Les hanches, plus saillantes, affinent la ligne du corps : la représentation cherche à séduire, avant d’être une démonstration de puissance.
L’oeuvre augure bien de la suite : la période saïte, qui commence alors, sera une véritable Renaissance de l’art égyptien, qui tend à se dépouiller peu à peu des codes anciens. Impossible toutefois d’établir de stricts découpages entre les périodes, ou une ligne continue d’évolution : les dernières dynasties égyptiennes ne sont étudiées avec précision que depuis les années soixante. "On commence à entrevoir différentes modes artistiques, mais on est loin d’avoir tout compris", note Olivier Perdu.
Difficile, de même, d’évaluer exactement le degré d’acculturation des rois venus de l’étranger : adoptèrent-ils les codes des anciens pharaons, imposèrent-ils les leurs ? "Nos sources viennent soit des tombes, soit des temples. Or ni les unes ni les autres ne représentent la réalité quotidienne, explique l’historien. Les temples, notamment, sont les conservatoires de la tradition pharaonique. Lorsqu’on représente Darius Ier dans un temple d’Isis, on lui fait ainsi revêtir le costume de pharaon. Il ne faut pas imaginer pour autant qu’il reprenait cette tradition à son compte."
L’exposition sera donc thématique, plutôt que chronologique. On y découvre d’abord un ensemble de statues de particuliers, destinées aux temples et qui les représentent agenouillés ou assis, parfois accompagnés d’une effigie divine. Puis les têtes d’hommes qui, à la fin du millénaire, deviennent plus "réalistes" et figurent les rides du front et des yeux, le pli des joues. Les visages féminins restent, eux, idéalisés, tandis que leur corps évolue, s’affine progressivement, de même que varient au gré des époques les coiffures et les vêtements.
Suivent le domaine des morts (avec, notamment, l’ensemble funéraire d’un prêtre d’Héracléopolis, Ânkhemmaât) et la représentation des pharaons. Celles des dieux, enfin, parmi lesquelles une statue en or d’Amon d’une extraordinaire finesse. Sa main gauche, le long de sa jambe, tient une croix de vie. La droite, repliée sur sa poitrine, un cimeterre. Les lignes du visage sidèrent, comme le modelé de la bouche, le dessin des yeux. Un "crépuscule" de l’art égyptien ? On sait désormais qu’il n’en est rien.

Musée Jacquemart-André
158 Boulevard Haussmann 75008 Paris, France
01 45 62 11 59

(29 mars 2012 - Avec les agences de presse)

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