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Larbi Chouikha : "Il est temps que les médias tunisiens gouvernementaux deviennent réellement des médias publics."

jeudi 3 mai 2012, par La Rédaction

Des journalistes frappés. Du matériel confisqué. Au total, depuis le début de l’année 2012, près d’une trentaines de journalistes tunisiens ont été agressés, selon le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT).
Pour la seule journée du 9 avril, ils étaient 15. Des enquêtes ont été ouvertes mais n’ont, pour l’heure, pas abouti. Les rapports entre le gouvernement et les médias, qu’ils soient publics ou privés, semblent de plus en plus tendus. Une élue du parti Ennahda n’a pas hésité à les traiter de "microbes" au sein de l’Assemblée constituante. Nombreux sont les élus à fustiger les médias, estimant qu’ils manquent de neutralité.
Perché sur les hauteurs de Tunis, le siège de la télévision nationale cristallise les tensions. Depuis le 2 mars, des manifestants ont planté leurs tentes demandant l’"épuration" de la rédaction, accusée d’entraver le travail du gouvernement. Dans la plupart des médias publics, les journalistes qui officiaient déjà sous Ben Ali sont toujours présents. À l’époque, la télévision nationale, alors baptisée TV7, en référence au 7 novembre 1987, date du coup d’État de Ben Ali, informait au rythme des communiqués officiels. Depuis le 14 janvier, les journalistes sont livrés à eux-mêmes. Des sessions de formation ont été organisées par des médias étrangers, mais il semble que cela n’ait pas été suffisant pour l’opinion publique. Le 24 avril, des heurts ont eu lieu entre le personnel de la chaîne et les protestataires. Quelques jours plus tard, trois présentatrices du JT de 20 heures de la télévision nationale ont décidé de démissionner afin de "relâcher la pression qui pèse sur la chaîne", alors qu’un élu d’Ennahda, Ameur Laârayedh, n’écartait pas la possibilité de la "privatisation" du service public tunisien.
"La privatisation des médias publics dans les pays en transition est une vieille chimère. Cette idée peut être dangereuse. Le service public doit libérer l’information de l’emprise commerciale. En Tunisie, le paysage médiatique est en ruine. On doit instaurer un service public garant d’une certaine qualité, et qui sera une locomotive vers le professionnalisme", lance Riadh Ferjani, sociologue des médias. Un point de vue que partage Larbi Chouikha, membre de l’Instance nationale pour la réforme de l’Information et de la Communication (INRIC), qui a remis le 30 avril un rapport virulent sur l’état des médias et les compétences des journalistes au Premier ministre. Pour lui, il est temps que "les médias gouvernementaux deviennent réellement des médias publics. C’est, j’ai envie de dire, révolutionnaire".
La défiance avait commencé peu après la prise de fonction du gouvernement Jebali. Le 7 janvier, le Premier ministre annonçait la nomination de plusieurs personnes à la tête des médias publics, déclenchant la colère des journalistes. Ni le SNJT, ni l’INRIC n’avaient été consultés. Le gouvernement a réitéré fin avril. Habib Belaïd, directeur de la radio nationale nommé au lendemain de la révolution, a appris son éviction par son chauffeur. Son remplacement décidé le 17 avril a été publié au Journal officiel trois jours plus tard, sans qu’il en soit averti.
"Il n’y a ni cadre juridique, ni cadre institutionnel à l’heure actuelle", rappelle Larbi Chouikha, membre de l’INRIC, qui dénonce la "méthode" et appelle de ses "voeux" l’application des décrets-lois 115 et 116, qui n’ont toujours pas été activés. Élaborés en septembre 2011 afin de renforcer la liberté de la presse, ils prévoient notamment la création de la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA), une sorte de CSA qui devra notamment être en charge des nominations.
"Le gouvernement veut garder le monopole sur les nominations des responsables des médias publics", estime Mongi Khadraoui, secrétaire général du SNJT, qui souligne qu’il "doit y avoir encore des traces de corruption dans les médias, surtout les publics". Alors que le syndicat des journalistes avait décidé en juin 2011 d’établir une "liste noire" des journalistes corrompus sous Ben Ali, le ministère de l’Intérieur n’a pas ouvert ses archives jusqu’ici.
"Il y a une impunité malsaine au sein des rédactions", note le sociologue Riadh Ferjani, qui prône l’intégration des médias dans la justice transitionnelle.

(03 mai 2012 - Avec les agences de presse)

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